Eviter une attrayante, mais fausse conception du Salut universel

mercredi 20 novembre 2019
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Eviter une attrayante, mais fausse conception du Salut universel



« Le très charismatique et médiatique père Zanotti-Sorkine vient de publier un livre au titre particulièrement attrayant : D’un amour brûlant. Il s’agit d’une lettre envoyée par le Christ à tous les hommes afin de leur expliquer le sens profond et véritable du message évangélique. Le père Zanotti est un homme de cœur. Homme de terrain, il connaît la faiblesse humaine ce qui le conduit à louer les mérites de la théologie morale orthodoxe, effectivement plus souple que la discipline catholique sur, par exemple, l’indissolubilité du mariage.

- Une nouvelle conception du Salut

Notre auteur en vient cependant à formuler de curieuses affirmations. Ainsi, s’exprimant au nom du Christ, il affirme : « Je le dis sans détour, il est très difficile de se damner. » Puis, commentant le célèbre passage de l’Écriture : « Il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus » (Matt XXII, 14),le père Zanotti, au nom du Christ, donne l’explication suivante : « J’ai prononcé cette parole à l’intention de ceux qui, commettant en toute conscience des entorses à l’univers de l’amour, prétendaient suivre et mettre en œuvre la pensée de mon père. Tous ces gens que j’ai appelés dans mon Évangile les “artisans d’iniquité” se croyaient justes et j’ai voulu leur faire peur. » On s’interroge sur l’origine et la pertinence de cette interprétation réductrice alors que cette sentence conclut la parabole du repas de noces, à l’occasion duquel le Maître a demandé d’aller chercher tout le monde aux carrefours et sur les routes.

Tout cela est assez conforme à l’air du temps, Michel Polnareff chantant en 1972 : On ira tous au Paradis, qu’on soit béni ou qu’on soit maudit (…). Les messes d’enterrement sont devenues un concert de louanges du défunt et d’exaltation de ses mérites supposés sur fond de confiance absolue en la miséricorde de Dieu. Mgr Aupetit confiait ainsi, il y a peu, l’âme du président Chirac « à Dieu avec confiance ».
Fort de cette conviction du Salut universel de tous et chacun, le pape François a, plusieurs fois, dénoncé le prosélytisme qu’il ne faudrait, paraît-il, pas confondre avec l’évangélisation : « L’évangélisation est le témoignage de Jésus-Christ, mort et ressuscité. C’est lui qui attire. (…) Il ne s’agit pas de chercher de nouveaux membres pour cette “ société catholique ”. » (Discours au chapitre général de l’Institut pontifical des Missions étrangères, le 21 mai 2019). La distinction est subtile. On pense à la fameuse formule traitant de la nationalisation sans étatisation.

Si cette vocation au Salut universel de tous constitue, a priori, une bonne nouvelle, il convient cependant de l’analyser à la lumière de la parole de Dieu contenue dans l’Écriture sainte et de l’enseignement de l’Église transmis par la Tradition et la liturgie.

- Le témoignage de l’Écriture et de la liturgie

Rappelons d’abord à ceux qui en douteraient que le Christ est venu sauver tous les hommes. Cependant cette prédestination universelle au Salut n’est pas sans conditions : « Dieu veut le Salut de tous les hommes et qu’ils parviennent à la connaissance de la vérité » écrit saint Paul (I, Tim II, 4) et saint Pierre quant à lui affirme : « Dieu ne veut la mort de personne mais que tous se convertissent. » (II, Petr III, 9). Il ne suffit pas d’être gentil ! Il faut se convertir !Là contre,la conviction du Salut universel de tous est souvent justifiée par un argument, peu ou prou, emprunté à sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus :

« Moi, si j’avais commis, tous les crimes possibles,
Je garderai toujours, la même confiance,
Car je sais bien que cette multitude d’offenses
N’est qu’une goutte d’eau, dans un brasier ardent. »

Certes, cependant, est trop souvent oubliée la raison profonde de cette confiance : « Afin de vivre dans un acte de parfait Amour, je m’offre comme victime d’holocauste à votre Amour miséricordieux, vous suppliant de me consumer sans cesse ». La confiance de Thérèse repose sur son abandon total à la volonté de Dieu et à son Amour.

L’Écriture sainte rappelle à de nombreuses reprises que le Salut est exigeant et que tous ne se sauvent pas : « Si le juste se sauve à peine que vont devenir l’impie et le pécheur ? » (I, Petr IV, 18). « Elle est large et spacieuse la voie qui mène à la perdition et nombreux sont ceux qui s’y engagent. Elle est étroite, la porte, et resserrée la voie qui mène à la vie, et petit est le nombre de ceux qui la trouvent » (Matt VII, 13). « Ne vous y trompez pas, on ne se moque pas de Dieu. On récolte ce que l’on a semé » (Gal, VI, 7). Etc.

On peut, également s’interroger sur la raison pour laquelle pendant des siècles, dans la séquence du Dies Iræ de l’office des défunts, supprimée par la réforme liturgique, l’Église a qualifié le jour du jugement de jour de colère, évoquant la terreur, la stupeur, les larmes, les cendres, implorant le pardon de Dieu, Epargnez-moi qui vous supplie, etc. S’il s’agit uniquement de retrouver papy-gâteau qui a déjà tout pardonné et nous attend impatiemment pour participer à de folles agapes célestes pourquoi de tels émois ? Quel peut d’ailleurs, dans ce contexte, être l’intérêt de faire célébrer des messes pour le repos de l’âme du défunt ? Quels sens ont, alors, le rite de l’extrême-onction, la bénédiction in Articulo mortis ou les prières traditionnelles pour les agonisants ? Quelle serait en effet leur raison d’être si nous allons tous au Paradis ? Leur contenu témoigne avec force du besoin de la clémence de Dieu et du pardon de nos fautes pour être du bon côté après la mort.

- Un changement de paradigme

Le sociologue Guillaume Cuchet dans son précieux travail Comment notre monde a cessé d’être chrétien observe : « Tout se passe comme si, assez soudainement (…) des pans entiers de l’ancienne doctrine considérés jusque-là comme essentiels tels le jugement, l’enfer, le purgatoire, le démon étaient devenus incroyables pour les fidèles et impensables pour les théologiens. » La raison majeure de ce changement de paradigme est, pour lui, un accès de rousseauisme collectif faisant de la damnation une « possibilité infiniment improbable » (Hans Urs Von Baltasar), négatrice du péché originel mais aussi du péché actuel. L’appartenance à l’Église et le respect de son enseignement théologique et moral apparaissaient comme l’arche en dehors de laquelle le Salut était, sinon exclu, du moins rendu plus incertain et problématique. S’adressant à ceux qui n’appartiennent pas à l’Église visible Pie XII dans Mystici corporis (29 juin 1943) les invitait à : « S’efforcer de sortir d’un état où nul ne peut être sûr de son Salut éternel ; car même si par un certain désir et souhait inconscient ils se trouvent ordonnés au Corps mystique du Rédempteur, ils sont privés de tant et de si grands secours et faveurs célestes dont on ne peut jouir que dans l’Église catholique. » Cette croyance a majoritairement disparu parmi le clergé et les fidèles catholiques. Elle remet en cause l’existence même de l’Église.

- Conséquences théologiques et pastorales

A quoi servent les prêtres s’il suffit d’aimer ? Pourquoi user des sacrements, signes sensibles et efficaces de la grâce divine, s’ils ne sont pas le moyen voulu par Dieu pour mouvoir et fortifier la volonté afin que chacun fasse le bien et évite le mal. Pendant deux mille ans, l’Église a suscité des apôtres : prêtres, religieux, religieuses et laïcs animés par la certitude que si chacun a les grâces suffisantes pour se sauver, l’évangélisation était nécessaire dans la mesure où, en raison de la blessure du péché originel, le cœur n’étant plus soumis à l’intelligence, il est très difficile de se sauver en dehors de l’appartenance à l’Église et sans l’aide des sacrements. L’élan missionnaire de l’Église est aujourd’hui, bien souvent, réduit à un simple service social.

La doctrine moderne du Salut universel est, aussi, la négation du libre arbitre et de la responsabilité de l’être humain. C’est ce que rappelle le Catéchisme de l’Église Catholique § 1861 : « Si le péché mortel n’est pas racheté par le repentir et le pardon de Dieu, il cause l’exclusion du Royaume du Christ et la mort éternelle de l’enfer, notre liberté ayant le pouvoir de faire des choix pour toujours, sans retour. »
C’est au final une fausse conception de la liberté et de l’amour qui est en cause. Il ne suffit pas d’aimer. Encore faut-il aimer en vérité. « La vérité vous libérera » (Jn VIII, 31). Il s’agit de savoir si notre cœur appartient au créateur ou à une créature. Saint Augustin définit le péché comme « se détourner de Dieu, se tourner vers la créature ». Le péché a ainsi pour malice première de s’opposer à l’ordre voulu par Dieu, ordre dont chacun plus ou moins confusément, a une notion dans le tréfonds de sa conscience.

Enfin cette nouvelle conception du Salut est la remise en cause de tout effort de conversion personnelle, d’ascétisme, voire de pénitence à l’encontre du commandement du Christ : « Si vous ne faites pénitence vous périrez tous » (Luc XIII, 5).

Le père Zanotti est un prédicateur de talent à l’âme de feu. Il mérite de rejoindre la cohorte des saints qui ont prêché les fins dernières et opéré d’innombrables conversions : saint Ignace de Loyola, saint Alphonse de Liguori, saint Jean-Marie Vianney, saint François-Xavier, etc. L’enjeu est d’importance. En effet, ce n’est rien de moins que la disparition pure et simple de l’Église que risquent d’opérer ceux qui soutiennent une bien attrayante, mais fausse et spécieuse, conception du Salut universel. »

Jean-Pierre Maugendre
par Renaissance Catholique • Publié 4 novembre 2019 •

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