Le camp des saints

samedi 14 décembre 2019
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Le camp des saints de Jean Raspail



« Huit rééditions, 15 000 exemplaires vendus à sa sortie, plus de 20 000 exemplaires vendus rien qu’entre février et avril 2011, pour un total de 110 000 exemplaires depuis sa première parution aux éditions Robert Laffont : Le Camp des Saints de Jean Raspail n’a rien d’un roman ordinaire.

Et pourtant son contenu aurait pu lui valoir de nombreux embêtements et de procédures judiciaires : il n’en fut rien, pas la moindre poursuite envisagée par ses éventuels détracteurs.

Catholique traditionaliste, anti-communiste, peu à l’aise avec les théories du libéralisme, à tendance plutôt royaliste, Jean Raspail n’en reste et n’en demeure pas moins une référence littéraire de la France et d’un certain esprit, riche, éclairé, mais également visionnaire.

Un roman visionnaire dans un monde en perdition

Il est difficile d’en affirmer le contraire, Jean Raspail est à l’image de son roman, un doux mélange de visionnaire et de prophétique, avec ce rêve autrefois impensable puis plausible lors de la troisième édition du roman puis réelle en 2019, l’envahissement, l’invasion progressive de l’Europe occidentale par une multitude de peuplades issues du Tiers-Monde, avec des intentions pacifiques et des plaidoiries de refuge et asile politique, puis de plus en plus agressives en important et imposant des mœurs sociales se rapprochant non pas de coutumes civilisées occidentales, mais des pratiques fanatiques islamiques.

Son Éminence le Cardinal Lustiger déclarait en 1984 « la question est : maintenant comment allons-nous inventer un mode de relation pacifique avec un groupe important qui fait désormais partie de l’État Français, qui a le droit d’être ce qu’il est, puisque c’est une situation de fait que nous avons acceptée et voulue ? Comment allons-nous inventer des modes de coexistence interne à la France qui rendent possible une telle cohabitation dans l’amour, dans le respect de la liberté de chacun ? C’est une des tâches des générations qui viennent. » Face à ce raz-de-marée humain, dont la plupart est en quête de survie, la question est à l’évidence tardive, mais du ressort de toutes les consciences à l’échelle planétaire : que faire ?

Face à cet échec tardif la réponse sera à l’évidence de plus en plus difficile à donner, si l’on part du postulat que notre monde, notre planète s’est construite sur une multitude de variétés culturelles, n’ayant à l’évidence jamais vécu dans une harmonie parfaite, à l’exception près de l’âge d’or des Provinces Unies au XVIIe siècle. Ces affrontements successifs, ces massacres de populations n’ont jamais permis d’entrevoir un semblant d’harmonie des cultures. De plus, le colonialisme et la recherche obsessionnelle des Occidentaux de l’expansion territoriale a également chassé certaines peuplades, les réduisant à l’état de survivants, voire de peuples disparus : les Incas, les Amérindiens, les Aborigènes australiens... C’est la triste logique de la loi du plus fort, les faibles disparaissent, les forts triomphent et se multiplient.

Alors que le XXIe siècle est une époque de luttes entre clans suprémacistes, accusant les uns de racisme, les autres de génocides, les différents affrontements entre les peuples n’étaient pas toujours liés à une question raciale ou de personnes, non l’idée a toujours été d’attaquer le plus faible militairement afin de prendre possession de son territoire. C’est par le suivi de cette logique que les plus grands conquérants se sont toujours faits remarquer : César, Gengis Khan, Napoléon, Charles Quint... Les intentions n’étaient pas raciales ni racistes, mais le répondant de valeurs plus nobles, l’envie de conquête, la religion, la politique, l’économie.

Ce rapport de force s’est inversé, l’Occident ayant prématurément vieilli en raison des guerres mondiales qui l’ont épuisé et essoufflé. Les efforts successifs de créer et instaurer une Europe forte n’auront pas permis de retrouver cette énergie de l’Occident. À vrai dire, il s’est lui-même sabordé.

Dans sa préface, Jean Raspail le rappelle : « Je suis romancier. Je n’ai pas de théorie, pas de système ni d’idéologie à proposer ni à défendre. Il me semble seulement qu’une unique alternative se présente à nous : apprendre le courage résigné d’être pauvres ou retrouver l’inflexible courage d’être riches. Dans les deux cas la charité dite chrétienne se révélera impuissante. Ces temps-là seront cruels. »

L’esprit visionnaire de Jean Raspail réside en cette fameuse compréhension de l’inversion des rapports de force, les puissants se sont endormis dans leurs souvenirs vieillissants de triomphe alors que les faibles, de plus en plus nombreux, émigrent afin de survivre et mettent leurs vies en danger pour tenter de retrouver un peu d’humanité et de dignité. À l’évidence, parmi ces migrants se trouvent des brebis galeuses aux idées conquérantes. L’invasion progressive se fera d’abord par l’idéologie, puis par un processus de victimisation vis-à-vis des peuples européens. La violence n’est hélas jamais loin...

L’attitude aberrante de la France et de l’Europe

En ces temps de crise humanitaire et politique, les instances de l’Europe, leurs pays membres et notamment la France se devaient de prendre des mesures. Non seulement ces mesures évidemment vitales et urgentes n’ont pas été prises, mais leurs attitudes laissent afficher une aberration hors du commun. D’une part, les politiques, qui n’agissent que par intérêt carriériste et qui ont un double langage, optent pour celui qui les arrange au moment opportun : ils ne sont que des pions au service de l’industrie et de la finance, donnant l’image des partis politiques comme des syndicats d’intérêt. L’attitude de l’Eglise pose une question difficile, par charité chrétienne elle est prête à accueillir tous les malheureux du tiers-monde au détriment des populations autochtones, au nom de la fin de la misère humaine et du Christ. Le problème c’est que l’on ne peut permettre l’extinction d’une civilisation au profit d’une autre.

Quant aux associations humanitaires, elles sont non seulement de plus en plus aberrantes mais aussi tout bonnement prêtes à vendre et à voir disparaitre une civilisation, voire leur propre civilisation, pour favoriser celle des autres. Sans oublier le rôle majeur et moralisateur des médias qui sont largement des éléments de diffusion de la propagande bien-pensante et qui œuvrent au délitement des consciences des peuples européens.

Au rang des accusés nous pouvons citer le ministère de l’Éducation nationale, qui poursuit le même but que les médias, mais cette fois d’une façon plus vicieuse encore : en s’acharnant directement à inculquer aux enfants qui incarnent l’avenir les fondements nécessaires au délitement d’une identité millénaire, en passant par l’apprentissage forcé des sultans et califes musulmans et en supprimant ce qui s’apparente à de la chrétienté : les croisades, Charlemagne, Louis IX...

Il n’est pas de trop de fustiger aussi le couple français typique qui, une fois la journée de labeur terminée, trouve la télévision comme unique occupation, absorbant tous les messages diffusés nécessaires à leur abrutissement et au cautionnement des idées dominantes, en passant par les messages pro-migrants, antithéistes et la consommation alimentaire excessive et mauvaise.

Dans la catégorie des principaux coupables, il y a évidemment le militant d’extrême gauche, pour qui seul le métissage à l’échelle mondiale permettra de mettre tout le monde à égalité. Pour ce petit militant, l’égalitarisme qui tire le haut de la société vers le bas et vient détruire l’identité d’un peuple n’est qu’une question de second rang. Enfin, il faut noter l’aberrance la censure des opinions dissidentes, c’est-à-dire celles qui ont le souci de la préservation d’un peuple, de ses origines, de ses croyances, de son identité, de son histoire.

Une vision prophétique des vagues migrantes vers l’Europe

La vision de Jean Raspail est à la fois emplie de dérision quant à l’attitude des français jouant une comédie et terrifiante quant au sort de ces peuples migrants.
Le XXe siècle a malheureusement fait l’objet de conflits et guerres, d’abord sur fond de colonialisme avec un rapport de force à l’avantage de l’Occident, puis les deux conflits mondiaux, qui ont laissé de profondes séquelles.

De ces séquelles, il y a l’appauvrissement net et évident de certains peuples, qui au péril de ce qui leur reste de leur vie vont vers des terres plus accueillantes.
La vision prophétique de l’auteur se situe aussi sur cette misère humaine entassée sur des embarquements de fortune, les “boat-people”, dont le tiers finit par couler et ne voit jamais le bout du voyage. À ce désastre humain s’ajoutent donc les victimes noyées qui n’ont pu arriver à destination.

Un autre problème subsiste, envisagé par l’auteur, celui de l’accueil de ces migrants, la question est compliquée, car il est difficile de ne pas comprendre les raisons qui poussent ces personnes à partir de leur pays, laissant derrière eux le peu qu’il leur reste, mais la France n’est pas en mesure d’accueillir toute cette population : nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde. D’autres pays submergés par ces arrivées massives ont pris des mesures radicales comme l’Italie ou la Hongrie.
À l’évidence, l’extrême-gauche pointe du doigt ce conservatisme, mais ce sont des mesures à prendre avant que la catastrophe ne soit irréversible. Et pourtant, France s’y dirige tout droit...

Ces premières vagues avaient commencé à provenir de l’Afrique du Nord, puis subsaharienne, mais aujourd’hui ce sont nos frères chrétiens d’Orient qui ont été traqués par des organisations terroristes islamistes. La folie meurtrière dans laquelle le monde est plongé est un facteur indéniable à ce mouvement de masse des populations.

Un livre symbolique

Le Camp des Saints a demandé à Jean Raspail 18 mois de travail acharné. Dans la préface de l’édition de 1985, l’auteur qualifie d’abord son roman de symbolique. Pour le lecteur également, il est symbolique car 46 ans après sa première édition il est encore et toujours d’actualité, comme si l’auteur le rédigeait en ce moment même. Pour Jean Raspail, il s’agit « d’une prophétie brutalement mise en scène avec les moyens du bord » , et l’un de ces moyens est l’humour.

Oui nous ne rêvons pas, l’humour, “une bonne dose de dérision” précise Jean Raspail, « le comique sous le tragique, une bonne dose de bouffonnerie comme antidote à l’apocalypse ».

Le Camp des Saints donne dans sa lecture un sentiment d’action théâtrale, que ce soit au niveau du décor de l’action comme du du caractère tragique : il y a tous les éléments fondateurs pour écrire une pièce de théâtre.

La symbolique dégagée par Le Camp des Saints réside également en un hommage funèbre de ce qui reste de l’Occident, une disparition lente, progressive, où les signaux d’alarme ont été tirés à maintes reprises sans réaction, par peur des représailles des groupuscules anti-racistes. Inconsciemment, l’Occident s’est vidé, entièrement vidé, de ses origines, de son identité, de son ADN, de son savoir-vivre, de sa culture. L’aveuglement des Occidentaux, pour le plus souvent volontaire, ressemble à une gigantesque bouffonnerie latente et nonchalante, en attendant de “voir comment ça se passe”. C’est un monde qui se meurt et ne fait strictement rien pour l’empêcher, qui se contente de survivre au gré des événements.
Ce livre symbolique est émaillé de nombreuses allusions et références au Livre de l’Apocalypse selon saint Jean. La submersion de la France qui reste sans réaction est semblable aux révélations mentionnées dans le livre de l’Évangéliste. Comme ce dernier, Jean Raspail n’hésite pas à utiliser un langage très cru, volontairement violent, à travers l’allégorie, pour nous exhorter à un changement d’attitude.
Dans un entretien accordé au quotidien Le Figaro le 7 février 2011, lorsque le journaliste l’interroge sur un éventuel regret du contenu du Camp des Saints, Jean Raspail déclare alors qu’il ne regrette rien dans l’écriture de son roman puis poursuit : « ne l’ayant pas ouvert depuis un quart de siècle, je vous avouerai qu’en le relisant pour sa réédition, j’ai sursauté moi-même, car avec l’arsenal de nouvelles lois, la circonspection s’est installée, les esprits ont été formatés. Dans une certaine mesure, je n’y échappe pas non plus. Ce qui est un comble ! Mais je ne retire rien. Pas un iota. Je me réjouis d’avoir écrit ce roman dans la force de l’âge et des convictions. C’est un livre impétueux, désespérant sans doute, mais tonique, que je ne pourrais plus refaire aujourd’hui. J’aurais probablement la même colère, mais plus le tonus. C’est un livre à part de tous mes autres écrits ».

Le problème récurrent du politiquement correct

« Aujourd’hui le Camp des Saints pourrait être poursuivi en justice pour 87 motifs », reconnaissait Jean Raspail. Suite aux pressions et luttes acharnées des associations et groupuscules minoritaires, des lois restrictives pénales comme la loi Perben en 2004 ou Lellouche en 2001 apportent des motifs qui pourraient permettre au Camp des Saints de tomber sous le coup de la loi pénale. C’est un triste constat sur l’état de notre société. Nous avons de plus en plus de mal à reconnaître notre pays.
Le politiquement correct a fini par dévoiler depuis des années une pensée unique dominante, dont les plus féroces disciples répondent aux noms de Manuel Valls, Christiane Taubira ou Vincent Peillon. La liberté de penser et d’expression n’étant désormais qu’un outil rhétorique pour ceux qui crient à la victimisation. Il est difficile de dire si à court ou moyen terme le Camp des Saints sera encore disponible.
Dans un entretien au Figaro le 7 février 2011, Jean Raspail disait : « Nous vivons depuis trop longtemps dans un monde où tous ces gens qui participent au gouvernement ou au modelage de l’opinion pratiquent le double langage : l’un public et proclamé, l’autre personnel et dissimulé, comme s’ils avaient une double conscience, celle qu’on arbore comme un drapeau, et celle qui s’est réfugiée dans le maquis des pensées inavouables, qu’on n’exprime qu’en petit comité, et encore... », [...] l’hydre des bons sentiments et des manipulations, la bouillie de l’humanitaire, se nourrissant de toutes les misères humaines. À l’instar du cauchemar d’Orwell, Big Other vous voit, vous surveille. Il est le fils de la pensée dominante, il circonvient les âmes charitables, sème le doute chez les plus lucides, rien ne lui échappe. Pire, il ne laisse rien passer. Et le bon peuple comme ses édiles de le suivre, anesthésiés, gavés de certitudes angéliques, mais aussi secrètement terrorisés par les représailles s’ils venaient à s’éloigner des vérités affirmées. Ainsi Big Other a-t-il tordu le cou au « Français de souche »."

Une reconnaissance de ses pairs

Le Camps des Saints n’a jamais fait l’objet de la moindre poursuite judiciaire, depuis sa première parution il y a maintenant 46 ans.

En revanche, ses pairs et contemporains qui l’ont lu n’ont pas manqué de donner leur avis, presque unanimement positifs. Hervé Bazin, de l’Académie Goncourt, souligne « un livre percutant et courageux », « un suspense avec lequel Hollywood n’a plus qu’à aller se rhabiller » pour Jean Anouilh.

Parmi les contemporains ayant applaudi son roman, on retrouve certains membres de l’Académie Française, comme Jean Dutourd — que Jean Raspail remercie personnellement dans sa préface — qui déclara que « Notre occident étant devenu un clown, sa tragédie finale pourrait bien être une grande bouffonnerie. C’est pourquoi ce livre terrible est au fond si comique ».

« Le Camp des Saints est beaucoup plus qu’un roman fascinant » pour Michel Déon, académicien également, « c’est une tragédie sarcastique, notre tombeau ouvert, et peut-être l’expression la plus juste de ce que sera le Jugement dernier ». Un autre académicien, Thierry Maulnier, s’exprimait quant à lui en ces terme : « Le Camp des Saints, ce grand livre, nous donne moins un divertissement qu’un avertissement. La grande marée qui menace de submerger le vieil Occident s’approche déjà de nous. Les anciens cadrans solaires disaient qu’il est plus tard que tu ne le crois. »
Que pouvons-nous faire ?

La chrétienté occidentale est déchirée en deux camps : une partie des fidèles catholiques ainsi que du clergé pensent que l’arrivée massive des migrants est dangereuse pour la civilisation européenne, tandis que l’autre partie pense quant à elle que la charité chrétienne, malgré sa fragilité visible sur la question, nous oblige d’accueillir ces migrants, même si certains sont venus en Europe avec des intentions malsaines.

Le choix est cornélien, la réalité très dure, car parmi ces migrants se trouvent notamment nos frères chrétiens, venus d’Orient suite aux massacres perpétués par l’État islamique : ce sont des humains en quête permanente de survie.

Une autre question subsiste cependant : comment est-il possible de créer un monde en harmonie, sur quels fondements peut-on se fier pour créer un mode de vie, de coexistence entre des peuples aux mœurs et aux pratiques tellement contraires ?
À l’image du professeur Calguès, l’un des personnages du Camp des Saints, catholique, c’est d’abord le désemparement qui nous gagne face aux masses de population qui viennent clandestinement se réfugier, survivre, et tenter de trouver peut-être fortune dans ces pays occidentaux.

Face à l’impuissance assortie de l’incompétence des pouvoirs publics, c’est aux français d’agir. Nous devons nous passer des pouvoirs publics, ne pas nous oublier derrière notre bien-être. Nous ne devons pas nous comporter comme des êtres volontairement aveugles et fuir un pays que nous ne reconnaissons plus du tout, nous devons fuir l’attitude du bourgeois bouffon qui se complait devant son propre reflet.

Même si la prière est sans doute la meilleure des armes, nous devons trouver ensemble une solution viable aussi bien pour ces êtres migrants en survie et pour nous pour ne pas sombrer et créer un rapport de force déséquilibré qui viendrait nous engloutir. »

James-Olivier ARMIEGNOLA
Décembre 2019

Ouvrage à consulter :

• Le Camp des Saints, 1973, Jean Raspail

Site source :

le rouge et le noir