On ne nous donne pas le droit de réfléchir. Même au sein de l’Eglise

dimanche 20 septembre 2015
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« On ne nous donne pas le droit de réfléchir. Même au sein de l’Eglise »

Extraits de l’entretien donné par M. Marc Fromager, directeur d’Aide à l’Eglise en détresse (AED), de retour de Syrie où il s’est rendu avec Mgr Rey, évêque de Fréjus-Toulon.

— Dans quel état d’esprit sont les Syriens ?

— « Ils ne croient plus du tout en une intervention occidentale qui viendrait les aider. Ils ne veulent qu’une chose : que cette situation cesse. Nous avons constaté un changement d’état d’esprit depuis quelques mois : tout le monde se dit qu’il faut partir. Auparavant ils avaient la volonté de rester, du moins d’aller dans les pays voisins afin de revenir dès que la situation se serait arrangée. Mais aujourd’hui l’Europe envoie des signaux pour dire qu’ils sont les bienvenus. Ils ont l’impression que l’Occident est prêt à les recevoir tous. Or, ces signaux sont pour le moins surprenants : nous ne pouvons pas accueillir tout le Moyen-Orient. Ce feu vert donné est une invitation explicite à quitter leur pays. Ce n’est pas la meilleure solution pour reconstruire son pays. Mais vue de l’extérieur l’Europe est un eldorado.

— La situation est-elle désespérée ?

— Si nos gouvernements avaient vraiment envie d’en finir avec l’Etat islamique, ils pourraient le faire très rapidement. Mais ils n’ont pas envie. Pourquoi ? Les causes sont multiples. Il y a le problème de la radicalisation, mais pas uniquement. La question des intérêts énergétiques joue un grand rôle. C’est ce que j’explique dans mon livre Guerres, pétrole et radicalisme. Malgré tout ce que nous disent les politiques et les médias nous ne faisons pas le nécessaire pour combattre l’Etat islamique là-bas.

— Qui sont ces réfugiés qui arrivent sur nos côtes ?

— La plupart ont déjà quitté leurs pays depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, pour s’installer dans les pays limitrophes. Ils ne sont pas en danger de mort pour la plupart. Nous aurions donc tout intérêt à les aider à vivre dans les pays voisins en attendant que la guerre se termine chez eux.

— Que pensez-vous du discours que nos gouvernements dispensent aujourd’hui au sujet de l’arrivée de ces migrants ?

— On ne nous donne pas le droit de réfléchir. Même au sein de l’Eglise où certains ressortent sans cesse le même verset qui demande l’accueil de l’étranger. Verset qui est mal interprété. Le Christ n’a jamais demandé de succomber à la migration de masse. On ne peut pas se contenter de dire qu’il faut accueillir tout le monde. Il faut réfléchir à ce qui est en train de se produire. Il faut soigner les causes de la crise avant de s’attaquer aux effets ».

Propos recueillis par Anne Isabeth

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