Une église n’est pas un objet recyclable : elle a été consacrée à Dieu, Un indivisible et pourtant trine

vendredi 19 juin 2015
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Une église n’est pas un objet de consommation courante qu’on peut recycler en parking, restaurant ou même en un autre lieu de culte. Elle a été consacrée à Dieu : Un, indivisible et pourtant trine



Convertie et auteur de Montre-moi ton visage (Cerf), Véronique Lévy réagit aux propos de Dalil Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, et à ceux de Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry, sur l’opportunité de transformer des églises en mosquées.

Simple coïncidence ? J’apprends les propos de Mgr Dubost le 16 juin, fête de la dédicace de la cathédrale Notre-Dame de Paris. S’élevant dans le ciel de la cité, fruit miraculeux de la foi des pauvres, des chastes et des martyrs, elle illumine la ville, sentinelle fidèle de cet Amour qui a vaincu la mort. Peut-on séparer la forme de son fond ou la lettre de son cœur ? Les pierres de nos églises et le message de salut qu’elles respirent ? Non… au risque de glisser vers le déni, d’effacer une parole vive, se couper d’une source où l’homme peut se désaltérer.

J’ai été baptisée le 7 avril 2012 à l’église Saint-Gervais-Saint-Protais. Cette église a trouvé une nouvelle jeunesse en 1975 grâce au Père Pierre-Marie Delfieux, fondateur des Fraternités monastiques de Jérusalem, communauté de moines et moniales contemplatifs. Cet amoureux de Dieu a eu l’inspiration de créer des oasis de prière, de silence et d’adoration perpétuelle dans le désert des villes inhumaines.
La Présence réelle du Christ, enfouie dans les entrailles d’une cité grouillante, indifférente, au rythme frénétique, attire les paumés du petit matin : athées, touristes, ou jeunes à la dérive en rupture familiale ou sociale. L’église est l’hôpital des âmes blessées. Tout est ordonné autour de ce Cœur battant au fond du tabernacle.
L’église est l’hôpital des âmes blessées. Tout est ordonné autour de ce Cœur battant au fond du tabernacle.

N’est-elle pas un signe visible de cet Amour qui se dit encore par elle et en elle à travers des gestes simples et maternels, dans l’eucharistie, une main qui bénit et pardonne, ou les chants berçant nos cœurs et nos corps. L’élancement des voûtes en croisées d’ogives, la lumière diffuse des vitraux aux bleus vibrants, aux pourpres incandescents ; le sourire tendre d’une Vierge de pierre transperçant nos impasses, nos prisons, nos abandons. La Croix traversant nos croix…

Toute cette beauté n’est-elle pas un avant-goût de la liturgie céleste, un prélude au Royaume où l’homme « s’assoit parmi les princes » ? Non plus le pion interchangeable, le xx ou le xy anonyme d’une enquête statistique, mais un être unique rendu à l’image et à la ressemblance de Dieu.

Une église n’est pas un objet de consommation courante qu’on peut recycler en parking, restaurant ou même en un autre lieu de culte. Elle a été consacrée à Dieu : Un, indivisible et pourtant trine.

Que diraient les adeptes de la tolérance, du dialogue interreligieux soumis à la pensée unique et tiède d’une dictature invisible, économique et aveugle si, à contre-courant du politiquement correct, on transformait une synagogue en fast-food ou une mosquée en temple évangélique ? On crierait au scandale et on aurait raison.
Mais il est facile d’incriminer l’État, les mairies… Les églises construites après 1905 sont à la charge des diocèses. Les mots de Bernanos résonnent, tragiques, prophétiques, dans Français si vous saviez : « Je le dis, je le répète, je ne me lasserai jamais de proclamer que l’état du monde est une honte pour les chrétiens. Nous répétons sans cesse avec des larmes d’impuissance, de paresse et d’orgueil que le monde se déchristianise. Mais le monde n’a pas reçu le Christ, c’est nous qui L’avons reçu pour lui, c’est de nos cœurs que Dieu se retire, c’est nous qui nous déchristianisons, misérables ! »

C’est aux évêques, à nous tous baptisés, cellules vives du Corps du Christ, de réintégrer notre cœur, Son Cœur, battant dans le secret du tabernacle, là où Il attend, démuni comme dans la crèche, donné jusqu’à l’extrême, libre en son éternité offerte à tous.

Dans la petite église de Saint-Damien, par trois fois le Christ s’anima et dit à saint François d’Assise : « Va François, et répare mon église en ruine ! ». Cette demande du Seigneur est brûlante d’actualité. Elle appelle au réveil, à exprimer sans peur, dans l’émerveillement d’une naissance, la joie de l’Évangile. « Venez et voyez », cœurs engourdis, ces communautés nouvelles : charismatiques ou traditionnelles ; contemplatives ou apostoliques. Ces bourgeons, ces fruits, ces germes de sa vie éclos dans cette Église qu’on dit malade ou vieillissante et qui pourtant se lève, toute vive en sa résurrection. Et elle enfante des nouveaux-nés, ces baptisés, rescapés des désastres les plus obscurs, témoins de cet Amour qui met à mort la mort. « Car la gloire de Dieu c’est l’homme vivant » exulte Irénée de Lyon.

« Et moi je serai avec vous jusqu’à la fin des temps. » Dans l’Eucharistie, au cœur de nos églises, tant qu’il y aura des prêtres pour célébrer le sacrifice du plus bel amour, la seule promesse tenue.

Véronique Lévy

Source

famille chrétienne Véronique Lévy