Ce trouillomètre qui contamine la politique

samedi 10 juillet 2021
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Ce trouillomètre qui contamine la politique



par Ivan Rioufol

« La politique française se résume à une idée fixe : vacciner. Vacciner tout le monde s’il le faut. Voici plus d’un an et demi que le virus de la peur a contaminé les esprits. Les dirigeants ne raisonnent plus qu’en fonction du Covid : il est le prétexte à l’ajournement des réformes. Pour 72 % des Français (sondage Ifop), la France décline. Mais rien ne vient freiner sa chute. Une tétanie, née d’une angoisse collective alimentée par l’État, empêche toute réaction. Il est vrai que le pouvoir excelle dans l’infantilisation des foules effrayées et rendues dociles. En mars 2019, en préparation des européennes, La République en marche avait diffusé un clip apocalyptique montrant inondations et chemises noires, mêlant ainsi les peurs du réchauffement climatique et du populisme. Suivait ce message : « Regardez votre époque (…) Vous n’avez pas le choix. » Ce matraquage se poursuit sur les vaccins, en attendant d’autres sujets.

La pensée obligée devient féroce contre ceux qui refusent la panique et la culpabilisation. Ils ont déjà le statut de paria. L’opinion est sommée de croire en l’incontestable efficacité des vaccins expérimentaux à ARN messager, en dépit du manque de recul admis, le 14 juin, par le directeur général de la santé. Les scientifiques, médecins ou pharmaciens qui émettent des réserves ou observent des effets graves sont accusés de désinformation. Les arguments de prudence de ceux qui, dans le personnel hospitalier, hésitent à se faire vacciner ne sont pas entendus. Au fanatisme du confinement a succédé celui de la vaccination. « Il n’y a pas d’alternative ! », est le leitmotiv qui se généralise. François Bayrou, haut-commissaire au Plan, défend une vaccination obligatoire pour tous. Laurent Berger (CFDT) et Geoffroy Roux de Bézieux se joignent pour appeler « solennellement » les salariés à se faire vacciner, etc.

L’observation des faits, l’usage de la raison, le recours au doute sont des démarches qui se heurtent à l’hystérie hygiéniste, climatique et antipopuliste. Les nouveaux vaccins, fruits d’une thérapie génique prometteuse pour des maladies graves, s’avèrent utiles face au Covid pour sauver des vies chez des personnes âgées ou vulnérables. Toutefois, une éthique devrait être admise sur leur généralisation hâtive, notamment aux plus jeunes, alors que ces sérums, jamais utilisés jusqu’alors, ne bénéficient que d’autorisations de mises sur le marché (AMM)conditionnelles. De surcroît, la solution des soins reste inabordable pour le gouvernement et la majorité des médecins des plateaux de télévision. L’indifférence portée à d’éventuels conflits d’intérêts entre des défenseurs des vaccins ARN et des laboratoires pharmaceutiques témoigne aussi d’une légèreté problématique.

Il est loisible de voir dans ces procédés anxiogènes un mode de gouvernement. La fabrique du consentement consiste à forcer à croire, au nom de la science, sans tolérer la contre-expertise. Ce mécanisme a fait ses preuves pour imposer l’idéologie écologiste et ses lubies, malgré sa dénaturation des réalités. , soutient Christian Gerondeau (1). Alors que le Giec (groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) estime que , Gerondeau conteste ces alarmes et parle de . Il explique : Il serait temps d’identifier les propagandes. « Pour les plus ardents de ses adeptes, l’écologie a quitté le domaine des faits et des chiffres pour celui de la religion » « l’humanité est à l’aube de retombées climatiques cataclysmiques » « manipulation de l’opinion publique » « Si les innombrables organismes publics qui désinforment sans limites connaissent un tel succès dans le mensonge c’est que personne ne s’est opposé à eux. »

- Des sottises en tout

La peur entretenue par le pouvoir autour du populisme est une autre manière de troubler les esprits et de conforter commodément des positions acquises. Le gouvernement, non content d’avaliser les noires prophéties écologistes et d’encourager la moutonnerie sur l’hygiénisme sanitaire, attise la crainte portée sur une France enracinée, soucieuse de sa survie. Or, au bout du compte, cette vision angoissante ne produit que des sottises en tout. Une partie des électeurs ne se reconnaît plus dans le discours aseptisé d’une classe politique perméable au politiquement correct. Le performant nucléaire français est sacrifié au profit d’éoliennes qui saccagent en vain les paysages. Quant aux réformes les plus nécessaires, elles ont été abandonnées au nom de la guerre contre un virus à faible létalité. Il n’est plus dit un mot du désendettement de l’État. Ce dernier poursuit sa course folle dans la distribution de milliards d’euros qu’il n’a pas. Emmanuel Macron hésite à relancer la réforme des retraites à 64 ans qu’exigent les créanciers européens et Angela Merkel. Bruno Le Maire, ministre de l’Économie, assure même, à son tour : . En réalité, la croissance dépendra de la capacité du pays à se libérer d’une pusillanimité dont le pouvoir, pétrifié au cœur d’un monde immobile, reste l’organisateur en chef. « Notre croissance dépendra de la vaccination (qui) nous permettra de retrouver le plus rapidement une vie normale, de la croissance, des emplois et de l’activité »

Le trouillomètre doit cesser d’être la mesure de l’inaction politique. Ce cercle vicieux place une partie de l’opinion, la plus craintive, en demande perpétuelle de protections supplémentaires. Le choix de société, qui reste à élaborer par les partis et les candidats à neuf mois de la présidentielle, ne peut se laisser entraver par cette mentalité pantouflarde. Elle pousse déjà les plus timorés à dénoncer les « mauvais citoyens », dans un « contrôle social » que ne renierait pasla Chine communiste. C’est faire insulte aux Français de les assigner à leurs charentaises et à leurs piqûres de rappel. Plus que jamais, le réel et ses vérités sont appelés à s’imposer dans la politique. Dimanche, à Perpignan, Marine Le Pen s’est présentée comme la « candidate des solutions concrètes ». Ce terrain est celui choisi également par Laurent Wauquiez quand il se dit adepte d’un « cap clair ». Le réalisme, dont se réclament aussi Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, ne doit plus rester un mot vain. L’irrationnelle peur ambiante ne peut dissimuler l’étendue du champ de ruines qu’il s’agit de redresser.

- Naufrage du bac

Le naufrage de l’école est de ces urgences à résoudre. Avec plus de 95 % de reçus cette année encore, le bac ne sert plus à rien. La démagogie a eu raison de l’examen. Mais ses fossoyeurs pavanent encore. »

(1) « La Religion écologiste », L’Artilleur.


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