Attentats en France : « l’Europe doit ouvrir les yeux »

mardi 24 novembre 2015
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Attentats en France : « l’Europe doit ouvrir les yeux »



- « L’Europe doit examiner au plus près ceux qu’elle laisse entrer. C’est facile pour Daech de mêler ses combattants aux réfugiés »
- « Il est temps de lutter contre Daech conjointement avec le gouvernement syrien » déclare Mgr Darwish, archevêque libanais

Le 20 novembre 2015

Après les attentats du 13 novembre en France, Mgr Darwish, archevêque melkite catholique de Zahlé (Liban), appelle l’Europe à changer son mode de pensée concernant le conflit en Syrie.

« Selon l’archevêque libanais de Zahlé, Mgr Issam John Darwish, les attentats de Paris devraient avoir pour conséquence un changement du mode de pensée : « L’Europe doit modifier sa politique concernant le conflit en Syrie et enfin ouvrir les yeux », explique-t-il au cours d’une interview accordée cette semaine à l’AED, en rajoutant : « Il est temps de lutter contre Daech conjointement avec le gouvernement syrien. Ce n’est qu’après que nous pourrons voir comment les choses vont évoluer en Syrie. Maintenant, il faut que toutes les forces s’unissent pour affronter l’ennemi commun. »

Selon l’archevêque, originaire de Syrie, les attentats survenus à Paris n’étaient qu’une question de temps : « nous avons toujours su que Daech est un danger pour le monde entier. Mais l’Europe ne l’a pas pris au sérieux », a déploré l’archevêque, quelques jours après que le Liban ait également été victime d’un attentat à Beyrouth faisant 40 morts et des centaines d’autres blessées.

Pour Mgr Darwish, l’une des raisons des attentats de Paris est fondée dans l’idéologie des djihadistes de Daech : « les fondamentalistes ne peuvent pas supporter que des musulmans soient gouvernés par une majorité chrétienne, comme en France. Ils croient que ce devrait être le contraire, que les musulmans doivent dominer le monde entier. » Étant donné que de nombreux musulmans français combattent actuellement en Syrie aux côtés des djihadistes, l’archevêque estime que la menace sur la France persiste. « Les jeunes hommes combattent en Syrie. Là, ils sont soumis à un lavage de cerveau. Ils retournent en Europe et sont incapables de vivre sans combattre. C’est extrêmement dangereux. »

Inquiétude face au flux massif de réfugiés en Europe

L’archevêque s’inquiète également de l’énorme afflux de réfugiés qui ont quitté le Proche-Orient pour partir en Europe. « L’Europe doit examiner au plus près ceux qu’elle laisse entrer. C’est facile pour Daech de mêler ses combattants aux réfugiés. Il peut en résulter un problème de sécurité pour l’Europe. »

Mais l’archevêque déplore aussi fondamentalement les conséquences de ces mouvements migratoires. « Je pense que les gouvernements européens ont pris une mauvaise décision en accueillant autant de réfugiés. C’est la raison pour laquelle beaucoup de gens veulent quitter la région, également des chrétiens. Mais il vaudrait mieux aider la population ici même, dans la région. Nous en avons besoin ici. D’ailleurs, la traversée de la mer est également très dangereuse. » Selon Mgr Darwish, il existe actuellement des zones dans les pays limitrophes ainsi qu’en Syrie même. « À Homs ou Latakieh, mais aussi à proximité de la frontière libanaise, il y a des zones sûres. Beaucoup de familles syriennes qui ont trouvé refuge chez nous sont déjà retournées chez elles. »

Épaulé par l’AED, l’archevêché melkite de Zahlé, ville située près de la frontière syrienne, soutient actuellement 800 familles de réfugiés chrétiens originaires de Syrie. « J’essaye de convaincre les réfugiés venus chez nous de ne pas partir en Europe. Si nous recevons encore plus d’aide, nous y parviendront mieux », argumente l’archevêque. Il a expressément remercié l’AED de tout le soutien accordé par l’œuvre. « Sans la générosité des donateurs, nous ne parviendrions pas à faire ce que nous faisons. »

Cela fait des décennies que l’AED soutient le travail de l’Église catholique au Liban. Le montant de l’aide financière y a augmenté en raison du nombre croissant de réfugiés. En 2014, celle-ci a pour la première fois dépassé le million d’euros (à titre de comparaison : en 2013 c’était encore 610 000 et en 2012 environ 382 000 euros). L’argent fut attribué à 45 projets, dont plus de la moitié pour l’assistance aux réfugiés ».

Source

AED France