Ph. de Villiers : « La France n’a pas vocation à devenir la fille aînée de l’islam »

samedi 7 novembre 2015
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« La France n’a pas vocation à devenir la fille aînée de l’islam »



Dans votre livre, vous rapprochez la situation actuelle de celle qu’a connue l’Europe de l’Est sous le joug communiste. Quelles sont les limites de cette comparaison ?
Le drame de notre pays a été très bien décrit dans la conversation que je relate avec Alexandre Soljenitsyne. La Pologne et la Hongrie, me dit-il, ont perdu leur souveraineté ; en revanche, les deux peuples ont préservé leur identité, leur âme. Quand le rideau de fer est tombé, ayant préservé leur identité, ils ont pu se reconstruire.

« Pour vous les Français, ajoutait-il, les choses sont différentes. Vous avez en même temps transféré votre souveraineté à Bruxelles, Genève, Francfort et affaibli votre identité avec l’infusion du multiculturalisme. » Ceci engendre deux conséquences.

Premièrement, la France est aujourd’hui submergée à l’extérieur et elle n’a plus les manettes pour faire face à cette submersion.

Deuxièmement, elle est effondrée à l’intérieur. Les coups de boutoirs de Bernard-Henri Lévy, d’Alain Minc, de Jacques Attali et de tous ceux qui détestaient la France ont atteint leur but. Ils nous ont tellement ressassé : « Ayez honte de vous-même, ayez honte de vos ancêtres » que la France a fini par s’ignorer elle-même, et par se considérer, à leur invitation, comme une tache ignominieuse sur la carte métaphysique des points précieux de la planète.
Quand on écoute SOS-Racisme, la France d’avant la Révolution française relève d’un passé abject et doit être rejetée. Mais la France d’après la Révolution n’est guère mieux lotie. Elle a manqué, nous dit-on, au droit-de-l’hommisme élémentaire avec la colonisation, avec ceux que l’on appelle les terroristes en Indochine, c’est-à-dire nos soldats morts à Diên Biên Phu, et bien sûr avec les collabos dans une France considérée comme crypto-nazie.

La France a perdu sa fierté. Et les Français doutent d’eux-mêmes. Ce doute est une corrosion mortifère.

« La France n’a pas vocation à devenir la fille aînée de l’islam »

Comme la France a perdu sa fierté, l’islam en tire avantage. Quel est le rapport de la classe politique à cette religion dont vous n’avez pas peur de dire qu’elle est conquérante par définition ?

C’est un rapport de triple soumission.

Au projet de l’islam, d’abord. La France fait partie du dar el-Harb c’est-à-dire de la maison de la guerre. Celle-ci a vocation à rentrer dans le dar el-Islam : la demeure de l’islam.

Deuxièmement, Boumédiène nous avait prévenus, l’enfantement est le djihad des femmes. C’est la guerre des ventres. Elle est commencée et presque gagnée par les islamistes. Une naissance sur deux en Île-de-France est une naissance musulmane.
Enfin, j’observe cette soumission à l’esprit de dhimmitude de notre classe politique.

Elle se sent battue avant d’avoir combattu. Elle est fascinée par le vainqueur, comme si elle était atteinte du syndrome de Stockholm. Quand je vois Nicolas Sarkozy courir à la Mosquée de Paris pour rompre le jeûne, je me dis qu’il ignore la condition des Chrétiens d’Orient et qu’il ne sait pas ce qu’est le statut de la dhimmitude !
Tous ces dhimmis, qui sont en fait des collabos puisqu’ils participent à l’islamisation de la France, nous ont vendu un raisonnement redoutable d’efficacité dans ses apparences. Ils nous ont dit : « Il y a l’islam modéré et il y a l’islam radical. » Ce qui est une aberration totale. Il y a des musulmans modérés mais il n’y a qu’un seul islam. « L’islam modéré est dans les mosquées, poursuivaient ces dhimmis, l’islam radical dans les caves. Il faut sortir l’islam des caves et donc construire des mosquées pour détruire l’islam radical. » Gauche et droite ont multiplié au nom de la laïcité les manœuvres pour construire des mosquées.

Pourtant, les services de renseignement français ne cessent de dire que les musulmans qui ont frappé ou qui vont frapper en France ont trouvé leurs armes psychologiques dans les mosquées en écoutant les prêches de feu des imams. Il y a en France une centaine de mosquées salafistes.

La France n’a pas vocation à devenir la fille aînée de l’islam. Malheureusement, je pense que nous n’éviterons pas la confrontation. Puis il y aura une Reconquista.
« C’est toujours dans les périodes troubles où tout est perdu que la France s’est retrouvée et s’est redressée. »

Malgré l’horizon noir que vous décrivez, la conclusion de votre livre se termine sur un message d’espoir. Quelles sont les raisons d’espérer ?

Mon livre explique comment le fil rouge passe dans la trame et défait la trame. Comment peut-on refaire la trame ? Tout s’est dénoué au cours d’une conversation avec Alexandre Soljenitsyne. Il m’a dit : quand le mur de Berlin est tombé, nous avons eu le droit de fêter nos retrouvailles avec nos grandeurs spirituelles et patriotiques. À partir de cet instant, tout a changé. On pouvait reconstruire. Et il a ajouté : ce sera pareil pour vous.

Je suis plein d’espérance parce que le mur de Maastricht va tomber. Il avait tout pétrifié : l’histoire et mêmes les pensées. On ne pouvait plus penser la nation, la patrie, les racines, les valeurs morales, l’identité. Le rêve de la fusion des nations des élites postnationales s’est évanoui dans le cœur des peuples, il s’est désintégré parce qu’il était tramé dans un tissu de mensonges.

Schengen est mort avec Angela Merkel à la suite de l’afflux des réfugiés. L’euro est mort avec Alexis Tsipras. Les Anglais s’apprêtent à sonner le branle-bas pour retrouver leur insularité.

Mais le plus frappant, c’est ce qui se passe du côté de l’Europe orientale. On nous avait dit : « La monnaie unique prépare la convergence culturelle », raisonnement marxiste selon lequel ce sont les infrastructures qui créent les superstructures, comme si c’était la valeur ajoutée qui créait la valeur. Or on a maintenant deux Europe. Une qui ne veut pas fermer la porte à Dieu pour faire entrer Allah. Et une autre qui est déjà toute prosternée dans une posture de dhimmitude. Elle préfère faire venir chez nous des musulmans que des chrétiens à qui on refuse un visa.
Je tire aussi mon espérance du souvenir de La Manif pour tous. Deux millions de Français se sont déplacés pour un combat qui recèle une dimension spirituelle et morale. Ce que les Français ont fait pour la famille, ils le feront pour la famille des familles, c’es-à-dire la nation. Il faudra sans doute pour cela des incidents très graves, voire un début de guerre civile. Je ne la souhaite évidemment pas mais l’éventualité devient aujourd’hui une probabilité.

C’est toujours dans les périodes troubles où tout est perdu que la France s’est retrouvée et s’est redressée. Sous Jeanne d’Arc, tout le monde était bourguignon comme aujourd’hui tout le monde est islamophile.

Les Français ouvriront les yeux et auront à cœur de retrouver l’âme de la France. Gesta dei per Francos. »

Propos recueillis par Laurent Ottavi.

Source

liberté politique Philippe de Villiers

Ouvrage

Philippe de Villiers, Le moment est venu de dire ce que j’ai vu, Ed. Albin Michel, 2015


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