L’islam demande d’obéir, le christianisme demande d’aimer

lundi 22 juin 2015
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L’islam demande d’obéir, le christianisme demande d’aimer
« Abbé Alain René Arbez – « La Bible hébraïque unit juifs et chrétiens,
mais elle est rejetée par les musulmans comme falsifiée par leurs prédécesseurs »



« L’Eglise chrétienne n’existe que greffée sur le tronc initial hébraïque, en partageant une forme d’élection, tandis que l’islam se situe clairement comme vérité a-historique
La Bible est la base des deux religions de l’alliance, ce qui renvoie à une historicité commune. On peut constater que les écrits du nouveau testament sont élaborés à partir de matériaux entièrement issus du premier testament. De ce fait, l’Eglise chrétienne n’existe que greffée sur le tronc initial hébraïque, en partageant une forme d’élection, tandis que l’islam se situe clairement comme vérité a-historique, tel que présenté dans un livre sacralisé, compilation d’injonctions venue du ciel.
Allah ne correspond pas au Dieu sauveur de la Bible judéo-chrétienne.

Le christianisme, fondé par des juifs, a ouvert l’alliance à des peuples prêts à reconnaître le Dieu d’Israël et à vivre de l’éthique des dix paroles. Dans l’islam, cette alliance est absente. Le seul pacte est celui d’Allah avec Adam, ce qui fait de l’islam la religion adamique par excellence. Allah ne correspond pas au Dieu sauveur de la Bible judéo-chrétienne. Pas étonnant que les 99 noms d’Allah de la tradition islamique aient « oublié » de l’appeler « al mukhalliç » (le sauveur) et « al fâdî » (le rédempteur). On comprend aussi pourquoi l’islam refuse de donner à Jésus son vrai nom « Yehoshua » : Dieu sauve…

Ceux qui complaisamment veulent nous faire croire à un « tronc commun » des trois religions sont des aveugles voulant guider des aveugles. Cela, pour minimiser la parenté entre juifs et chrétiens d’une part, et pour raccrocher artificiellement l’islam à la tradition biblique, d’autre part.

Ce n’est pas un hasard si, depuis le Concile Vatican II, c’est le même dicastère pour l’œcuménisme qui encadre à Rome les relations entre catholiques, protestants et orthodoxes (même religion chrétienne, traditions différentes) ET les relations entre chrétiens et juifs (même référence à l’alliance, traditions religieuses différentes).
Quand on sait que le terme oekumene dans le monde grec signifiait « l’assemblée universelle », on est donc bien sur un axe de critères fondamentaux semblables entre chrétiens et juifs, puisque la qehila en hébreu s’applique à « l’assemblée convoquée par le Dieu d’Israël », puis à la primitive Eglise, branche dissidente « messianique » originellement composée uniquement de membres hébraïques, avant de s’ouvrir aux nouveaux venus d’origine païenne.

En se donnant un air savant, les médias nous parlent des « trois monothéismes » pour entretenir l’amalgame, ou encore des « religions abrahamiques » comme si l’on parlait du même Abraham, quand ce n’est pas des « religions du Livre », expression pourtant spécifiquement islamique

Notre époque politiquement correcte joue sur les ambiguïtés, au nom d’un multiculturalisme idéalisé ; et c’est souvent le cas lorsqu’il s’agit de manifestations ou de rencontres entre chrétiens et musulmans, afin de laisser croire à une appartenance commune entre l’église et la mosquée totalement fictive. Ce contresens se nourrit de l’illusion encore bien répandue qu’au fond c’est du même Dieu qu’il s’agit de part et d’autre, comme si le coran n’était qu’une variante de la bible, comme si Jésus était le porte-parole d’Allah… En se donnant un air savant, les médias nous parlent des « trois monothéismes » pour entretenir l’amalgame, ou encore des « religions abrahamiques » comme si l’on parlait du même Abraham, quand ce n’est pas des « religions du Livre », expression pourtant spécifiquement islamique.
Or, la problématique des liens entre chrétiens et musulmans ne relève pas de l’œcuménisme – qui supposerait un noyau dur originel identique – mais de l’interreligieux, concept à géométrie variable et arbitraire. Ces confusions entretiennent des fausses symétries bien aléatoires.

Pour en comprendre la genèse, il faut remonter aux années 60, berceau des idéologies qui ont accompagné la période de la décolonisation, de la croissance, et d’une certaine modernité. L’Eglise n’échappait pas à cette pression des événements lorsque fut convoqué le concile Vatican II par le pape Jean XXIII.

C’est dans ce climat conjoncturel, au nom d’une générosité « d’ouverture », et d’un souci volontariste d’aggiornamento, que le Concile voulait encourager les esprits à dépasser le traditionnel ecclésio-centrisme pour prendre en compte tout ce qui est vrai et bon chez les autres courants de pensée présents dans le monde (cf Lumen Gentium, 1965).

La déclaration Nostra Aetate fut laborieuse, en raison de protestations véhémentes de patriarches moyen-orientaux opposés à toute réconciliation judéo-chrétienne
C’est dans ce contexte particulier que la rédaction de la déclaration Nostra Aetate fut laborieuse, en raison de protestations véhémentes de patriarches moyen-orientaux opposés à toute réconciliation judéo-chrétienne. Centré au départ sur une relation judéo-chrétienne enfin réactivée, le texte remanié se contentait, au bout du compte et de manière très générale, d’inviter les catholiques à accueillir comme signe de l’Esprit l’expérience religieuse des autres croyants, islam compris. Une affirmation théologique vitale se laissait donc édulcorer en invitation sentimentale facile à manipuler.

S’il rouvrait enfin la voie longtemps bloquée des relations fraternelles entre chrétiens et juifs, le Concile manquait de rigueur en laissant de ce fait s’établir la possibilité d’une symétrie ambiguë inscrivant quasiment sur le même plan le dialogue avec les musulmans. Cette manière plus sociologique que théologique de poser le problème allait engendrer des malentendus à n’en plus finir parmi les chrétiens, auxquels le Magistère ne fournissait pas l’ancrage spirituel indispensable ni les garde-fous précis pour se lancer dans une telle aventure. De plus, la théologie catholique du judaïsme encore balbutiante après 2000 ans de dérive n’offrait pas de structures de pensée reflétant suffisamment l’histoire respective des deux courants issus du même tronc hébraïque.

Heureusement, par la suite, sous le pontificat de Jean Paul II, des documents officiels vinrent rectifier en grande partie ces manques de clarté en ce qui concerne le lien vital et irréversible entre judaïsme et christianisme, mais l’élan initial de Nostra Aetate formulé de manière angélique avait quelque peu brouillé les cartes et laissé libre cours à des perspectives équivoques dans la relation au monde musulman, lui-même en pleine effervescence.

Pour la question de l’islam, le danger était de passer d’une attitude d’ouverture à un comportement de complaisance et de compromission

Pour ce qui touche à la question de l’islam, dans le monde catholique, le danger était bel et bien de passer d’une attitude d’ouverture et de bienveillance envers des personnes à un comportement de complaisance et de compromission avec un système doctrinal. Rappelons-nous la rencontre islamo-chrétienne de Tripoli (Lybie) en 1976, où Khadafi profita des bonnes dispositions des participants chrétiens pour appeler tout le monde à se convertir à l’islam.

Autre repère essentiel dans le débat, la rencontre d’Assise en 1986, à l’initiative du pape Jean Paul II.

Là aussi, les malentendus furent considérables et le message fut aisément brouillé. Les quelque 100 dignitaires religieux de toutes appartenances avaient répondu présents à cet appel du pape à manifester une attitude commune de dialogue respectueux dans une sorte de concert pacifique des religions. Beaucoup en déduisirent que Jean Paul II avait prié avec les musulmans, et qu’ainsi une caution chrétienne était apportée à la validité spirituelle de l’islam, religion montante. Or, le pape avait prié à côté des musulmans, chacun selon sa foi, ce qui est sensiblement différent. Aux côtés des autres traditions plus discrètes, le pape ne se voulait pas plus proche des imams sunnites du Caire que des shamans indiens du Dakota.

Il s’agissait de créer des liens courtois dans l’ordre du vivre ensemble, et d’inciter les musulmans à progresser vers la réciprocité, attitude cependant impensable en islam
Sans doute le quiproquo est-il là encore fondé sur le fait ambigu que le Concile n’avait évoqué que le souhait légitime de meilleures relations à établir entre catholiques et musulmans. Le Concile n’a jamais reconnu ou officialisé une relation théologique entre christianisme et islam. La déclaration parle en termes de musulmans et non pas d’islam. Il s’agissait donc simplement de créer des liens courtois dans l’ordre du vivre ensemble, avec l’arrière-pensée d’inciter les musulmans à progresser vers la réciprocité, attitude cependant impensable en islam.

Pourtant, ce n’est pas parce que, naturellement, la dawa exige d’islamiser le monde et donc aussi le christianisme, que les chrétiens doivent se fabriquer à tout prix une idée chrétienne de l’islam ! Les chrétiens ont une fâcheuse tendance à ramener à une attitude affective ce qui devrait relever d’abord de l’analyse critique !

De nombreux militants chrétiens s’imaginent retrouver dans l’islam leurs propres valeurs, en toute sincérité mais en totale incompétence. Car les termes-clés en arabe de la religion de Mahomet ne peuvent pas trouver d’équivalent dans le registre judéo-chrétien, l’islam ne se situant pas sur le terrain biblique, et ayant une anthropologie totalement différente.

• Malgré l’enchaînement des événements un peu partout dans le monde, peu de chrétiens sont conscients du sens de l’expression, devenue banale, « Allah ou akbar » clamée lors de l’appel à la prière mais aussi lors d’assassinats ou d’attentats.
Cette phrase répétitive ne signifie pas de manière bucolique « Ah ! Que Dieu est grand ! » mais de manière polémique : « Allah est le plus grand ! », ce qui est évidemment une revendication à placer l’islam comme supérieur à toutes les autres croyances.
« Vous êtes la meilleure communauté au monde ! » dit le coran aux musulmans. C’est cette même visée qui les incite à construire des minarets plus élevés que les clochers des églises ou à imposer leurs coutumes en terres juives ou chrétiennes.
Le plus grand péché pour les musulmans est le shirk, le fait d’associer à Allah un être humain, en l’occurrence Jésus
• Peu de chrétiens savent que la profession de foi musulmane, la chahada, (ashadu an la ilaha illa I-illah) est une expression négative. « Il n’y a pas de dieu si ce n’est Allah ».

Cette « négation affirmative » est en fait une profession de foi exclusiviste : elle implique le rejet du polythéisme mais aussi et surtout celui de la foi trinitaire des chrétiens, appelés associateurs. Dénonciation méprisante des infidèles et des impies, puisque le plus grand péché pour les musulmans est le shirk, le fait d’associer à Allah un être humain, en l’occurrence Jésus.

N’oublions pas que pour les juifs et les chrétiens, la bible est un ensemble d’écrits humains inspirés par Dieu. On peut donc décortiquer, analyser les textes, sérier les messages, les interpréter selon leur contexte et leur symbolique. Pour les musulmans, en revanche, le coran n’est pas un écrit humain. C’est la parole même d’Allah incarnée dans un livre sacré. L’incarnation de Dieu dans la personne du Christ a son parallèle antagoniste avec « l’inverbation » d’Allah dans le livre du coran. D’où l’impossibilité absolue de critiquer la moindre virgule, de remettre en question la sourate même la plus effrayante ; car on peut commenter mais pas interpréter, sous peine de blasphème. A partir de quoi est instaurée – depuis le Xe s. avec la fermeture de l’ijtihad – la fixité définitive de la parole coranique, rendant par conséquent impossible toute évolution ultérieure.

L’Ecriture Sainte des juifs et des chrétiens est considérée par les musulmans comme abrogée, dépassée. D’ailleurs les musulmans ne lisent ni la bible hébraïque, ni les évangiles, car le coran est la vérité première restituée et la vérité ultime proclamée. Le coran, qui loue le Miséricordieux mais ignore le mot « amour » s’ouvre par la Fatiha, une sourate considérée par la tradition islamique comme matricielle ; elle serait comme un résumé théologique de l’ensemble du coran. Or, selon une tradition millénaire, le verset 7 de cette sourate, après avoir dit tout le bien des vrais croyants, (les musulmans), exècre deux catégories à bannir : les juifs « ceux qui sont l’objet de la colère d’Allah » (al-magdubi ‘alyhim) et les chrétiens « ceux qui se sont dévoyés loin de sa volonté » (ad-dalin).

i.
Jésus appelé Issa n’est pas celui de la Bible : c’est un prophète de l’islam qui viendra à la fin des temps pour « briser les croix, tuer les porcs et instaurer la seule vraie religion, celle d’Allah »

Les chrétiens qui se réjouissent un peu vite de retrouver Jésus et Marie dans la religion islamique devraient y regarder à deux fois. Car cette Myriam, même si elle est vierge, est la sœur de Moïse qui a vécu 1350 ans auparavant ! Et ce Jésus appelé Issa n’est pas celui de la foi néo-testamentaire issue de la Bible : Issa ibn Myriam est un bon musulman, un prophète de l’islam dont les hadiths nous disent qu’il viendra à la fin des temps pour « briser les croix, tuer les porcs et instaurer la seule vraie religion, celle d’Allah » (Abou Dawoud). Il éliminera les juifs et les chrétiens – ainsi que toutes les autres catégories d’infidèles – pour purifier le monde de tout obstacle impur au règne d’Allah.

L’islam demande d’obéir, le christianisme demande d’aimer

Ce Issa n’est pas le Jésus des évangiles. Il n’est pas mort sur la croix, nous dit le coran. Il n’est en tout cas pas un Fils de Dieu, puisque Allah n’est pas père, et comme il n’y a pas de péché, il n’y a pas de rédemption ni de salut. On peut constater à quel point l’islam est diamétralement opposé au cœur du message chrétien et des références bibliques qui le sous-tendent. Pas d’alliance, pas d’amour, pas de péché, pas de rédemption, pas de salut, mais avant tout : une loi, la charia, c’est-à-dire des règles à observer pour ne pas fâcher le souverain céleste, inconnu, lointain, implacable. L’islam demande d’obéir, le christianisme demande d’aimer.
L’islamologue et islamophile Louis Massignon, référence des militants des relations islamo-chrétiennes, va même dans un moment (exceptionnel) de lucidité jusqu’à reconnaître que « la tendance générale de la théologie islamique va à affirmer Dieu plutôt par la destruction que par la construction des êtres » (L. Massignon, Passion *). Dans le reste de ses écrits, le même Massignon a visiblement renforcé une islamophilie naïve chez les chrétiens, sur des bases totalement contestables liées à son ambiguïté personnelle.

Alors, quelles relations avec l’islam ?

L’islam n’est pas demandeur de dialogue. Ce qui l’intéresse, c’est d’amener des chrétiens sur son terrain, fût-ce par le biais des soufis – mystiques d’influence judéo-chrétienne honnis par les autorités islamiques.

Non seulement avec la répétition du « pas d’amalgame » face aux attentats, l’islam cherche encore toute opportunité d’apparaître officiellement aux côtés du judaïsme et du christianisme comme une grande religion d’Europe où vivent des dizaines de millions d’immigrés musulmans en progression continue…

En réalité, malgré les slogans enjôleurs et les présentations complaisantes, il n’y a aucune convergence théologique et spirituelle entre christianisme et islam. Il y a certainement des possibilités de bonnes relations entre personnes, l’expérience le prouve. Mais en ce qui concerne la confrontation des systèmes de pensée, le traitement réservé aux chrétiens dans de nombreux pays islamiques – médiatisé seulement à une période récente mais trop longtemps occulté – aurait déjà dû ouvrir les yeux de tant d’occidentaux inconscients du péril mondial qui s’affirme. »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez pour Dreuz.info.