La voie de l’unité du projet écologique ne peut accepter l’avortement, l’euthanasie et les manipulations génétiques de l’embryon humain

lundi 18 mai 2020
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La voie de l’unité du projet écologique ne peut accepter l’avortement, l’euthanasie et les manipulations génétiques de l’embryon humain



La voie de l’unité du projet écologique ne peut accepter l’avortement, l’euthanasie et les manipulations génétiques de l’embryon humain

Méditation sur l’écologie intégrale, de Mgr Christory, évêque de Chartres :

« La Racine humaine de la crise écologique »

« Chers amis et diocésains d’Eure & Loir,

Toute activité humaine a un impact plus large que ce pour quoi elle agit ou produit. Par exemple, les entreprises fabriquent des millions de masques quotidiennement pour nous protéger, mais ces masques sont jetés parfois à terre au grand dam des employés municipaux qui craignent le virus. Tout progrès humain ou toute technique nouvelle ne peut s’exonérer d’étudier les effets collatéraux de sa production.

Dans le chapitre troisième de son encyclique Laudato Si que nous lisons ensemble ces jours pour nous préparer au cinquième anniversaire de sa parution – le 24 mai -, le pape François aborde un sujet complexe car philosophique « la Racine humaine de la crise écologique ». Pour faire une comparaison avec un fait très actuel pour le diocèse, si vous construisez une maison, il importe de vérifier que le sol en dessous soit sain et solide, pour éviter ce qui nous arrive en plein centre de Chartres, rue du Cheval Blanc, avec un effondrement des caves médiévales probablement dégradées par des fuites d’eau depuis les égouts. Le Saint Père concentre son propos sur le « paradigme technocratique dominant ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Dans les sciences, un paradigme désigne un modèle fondé sur des principes et des méthodes partagés par la communauté scientifique, qui a valeur de croyance voire de théorème, d’où sa valeur universelle pour l’ensemble des personnes. Dans le passé, nous n’avions jamais eu une telle préséance de la technique. Aujourd’hui elle est tellement dominante, notamment via l’incontournable réseau Internet, que penser une autre culture est vu comme vouloir une contre-culture dont les petits bras seront incapables de contrer la logique de fer de la technique dominante.

Il m’est bien entendu difficile de résumer les pages denses du texte que je vous invite à lire tellement il est éclairant sur ce que nous vivons. Un petit virus a bouleversé tout le système économique et technique, mais ce dernier est puissant et cherche à retomber sur ses pieds, comme un sumo déséquilibré un bref instant, pour redonner le plus vite possible à l’organisation technique son pouvoir, pouvoir qui grandit d’autant que la crise permet de l’augmenter par la surveillance et le traçage des citoyens au nom de la sécurité. Le Pape reconnait que la technique apporte depuis des siècles beaucoup d’éléments positifs à la vie des hommes et cela dans de nombreux domaines de compétences qu’il serait trop long de citer. La dureté du travail a été modérée par les machines. Les moyens de transport permettent à chacun la découverte du monde. Les sciences et les techniques médicales sont extraordinaires pour sauver des personnes malades. Mais ce pouvoir croissant d’une part met la main sur toutes les facettes de la vie humaine, comme la nouvelle et séduisante domotique qui gérera la maison et tous les appareils connectés, et d’autre part donne ce pouvoir à une très petite minorité de gens fort puissants puisque peu à peu ils savent tout sur la vie de tous, comme les GAFA. Le pape dit que « l’homme est nu, exposé à son propre pouvoir toujours grandissant, sans avoir les éléments pour le contrôler ». (N° 105) Par ailleurs cette technique prétend transformer le monde et s’est construite sur l’illusion que la planète pouvait indéfiniment répondre à ses exigences, or nous constatons l’effondrement des biotopes épuisés par l’abus de leur exploitation. On ment aux humains pour mieux faire du profit. Le marché doit aller de l’avant puisqu’il a la valeur de sa croissance financière, mais pas pour ce qu’il apporte d’essentiel à l’homme. Aussi produit-il une déshumanisation de la société entière, la rupture des modes de vie agricole ancestraux, la migration de survivance et toutes les graves dérives que l’on peut rassembler sous l’expression d’exploitation des êtres humains par des formes d’esclavage innovantes.

Face à ce paradigme technologique, pouvons-nous espérer une nouvelle culture respectueuse ? Le pape redit plusieurs fois « tout est lié ». Une véritable écologie devra donc servir une authentique humanité faite de relations entre les hommes, avec soi-même, avec la nature et avec Dieu. C’est bien le Seigneur en effet qui a créé ce monde comme un bien voulu par son Amour et confié à la sagesse des hommes enseignés par l’Esprit Saint. Or le pape constate que « les gens ne semblent plus croire en un avenir heureux ». La société cherche à les distraire, favorisant une culture des loisirs, comme l’exprime actuellement la question grave de la réouverture des plages et des salles de cinéma qui semblent plus intéresser les médias que la réouverture des maisons de retraite où meurent d’isolement nos anciens. Tout est lié, aussi faudra-t-il un renouveau de l’anthropologie pour que l’être humain se découvre serviteur aimé de Celui qui lui confie le monde, invité à des relations humaines qui respectent chacun. Il ne s’agit pas de créer un culte à la Terre, qui rejetterait l’homme et qui prônerait un bio-centrisme niant la place de l’homme pourtant responsable et apte à construire un chemin vers une meilleure vie pour tous. Comme tout se tient, le pape note que la voie de l’unité du projet écologique ne peut accepter l’avortement, l’euthanasie et les manipulations génétiques de l’embryon humain contraires au respect de l’être humain. L’écologie intégrale ne le sera que si nous recherchons le bien de tous et de toute partie de la création. Sur ce chemin du renouveau écologique, il y a le travail de l’homme, qui est un bien car il lui permet d’apporter sa part de créativité, d’énergie et de service. Une société humaine sans travail se retournerait contre l’homme qui subirait la puissance de la technique et tomberait dans l’oisiveté désespérante. Le travail est aussi l’espace de la vie sociale où les hommes s’associent pour produire les biens essentiels à cette vie renouvelée. La richesse à rechercher n’est pas le gain financier mais l’apport social et le bonheur de chacun. En ce sens, le travail, qui n’est pas que l’emploi rémunéré puisque de très nombreuses personnes travaillent sans salaire telles les femmes et même parfois des hommes dits « au foyer », ce travail devrait inclure la gratuité et la contemplation.

Nous avons par notre foi le don de l’Espérance. Mère Teresa disait qu’il ne fallait jamais céder un pouce de terrain au désespoir, car c’est l’arme du démon. Eclairé par la Parole de Dieu, dans la puissance de la louange aussi pour les créatures et notre soeur la Terre, j’invite chacun à réfléchir à sa part dans ce projet culturel nouveau, à ses relations dans les quatre directions cités, à sa consommation des biens. Comment agissons-nous dans le milieu humain et naturel qui nous entoure ? Comment nos choix favorisent une meilleure écologie ? Comment nos achats servent et respectent la création ? Faut-il continuer à vivre comme « d’habitude » ou est-ce que l’expérience de ce confinement nous a appris une autre voie ? En quel lieu puis-je réfléchir sur cela avec d’autres personnes ?

Il est temps de forger un nouveau paradigme culturel éclairé de spiritualité et soutenu par la Parole de l’Evangile. La Vierge Marie a changé totalement de vie par son simple fiat à l’invitation de l’ange. Elle s’est offerte pour un projet nouveau qui l’a dépassée, qui l’a menacée et qui l’a bouleversée mais qui serait celui que Dieu lui proposait. Et elle avait en elle un coeur assuré que cet appel était plus grand pour elle comme pour son peuple que ce qu’elle avait peu échafauder dans ses rêves et ses raisonnements de jeune femme juive. Aussi, s’est-elle offerte intégralement. Puisse-t-elle nous inspirer un grand élan et un courage fidèle pour que nous sachions dire à Jésus « me voici ».

Maintenant je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. »


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