Le christianisme ne saurait en aucune façon passer pour une « religion du livre » : il est une religion de la Parole

samedi 25 janvier 2020
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Le christianisme ne saurait en aucune façon passer pour une « religion du livre » : il est une religion de la Parole



« Il est courant d’entendre dire que le judaïsme, le christianisme et l’islam sont les « trois religions du livre »*. Cette affirmation visant à mettre ces trois religions sur une sorte de pied d’égalité. Or il faut cesser de répéter une telle sottise... et surtout cesser d’y croire ! L’islam est bien une « religion du livre » ; et c’est d’ailleurs ce qui pose problème puisque ce qui est écrit dans le livre - le Coran - ne peut être ni modifié ni discuté. Il n’y a pas d’exégèse possible en islam et les versets du Coran sont à prendre tels qu’ils sont écrits, « au pied de la lettre ». Le judaïsme est aussi - mais dans une mesure bien moindre - une « religion du livre’’. Mais si le texte de la Torah doit être fidèlement transcrit, il peut - il doit même - être commenté, expliqué. En quelque sorte, on peut dire que si le texte est fixé de façon scrupuleuse en tant qu’il est la parole de Dieu, il faut en saisir l’ »esprit« plus que la simple lettre. Quant au christianisme, et surtout au catholicisme (mettons à part certaines communautés issues de la Réforme), il n’est en aucune façon une »religion du livre".

Certes, la tradition liturgique fait que l’Evangéliaire est richement orné et est porté en procession au début de la célébration eucharistique : mais ce n’est pas le livre que l’on honore... c’est son contenu ! Le livre n’est respecté qu’en tant qu’il est un support matériel de la Parole divine. De fait, à la messe, au moment de la proclamation de l’Evangile, le célébrant n’encense pas l’Evangéliaire lorsqu’il vient de le poser sur l’ambon, mais uniquement après qu’il ait annoncé « Lectio sancti Evangelii secundum... N. » (Evangile de Jésus Christ selon N.) en faisant le signe de la croix avec le pouce sur le livre, puis sur lui-même au front, à la bouche et à la poitrine. (Cf. Missel romain, Introduction générale n. 134.) C’est donc bien l’Evangile - la Parole de Dieu - et non l’Evangéliaire - le livre - qu’on encense par signe de respect. Et à la fin de la proclamation de l’Evangile du jour, le célébrant dit « Verbum Domini » (Acclamons la Parole de Dieu)... Retenons bien : c’est de la Parole qu’il s’agit !

A la différence du « texte » coranique écrit qui est, pour un musulman, l’enseignement reçu de Dieu, pour un catholique c’est dans la « parole » évangélique proclamée - et non dans la « matérialité » du texte imprimé ou manuscrit - qu’il faut chercher l’enseignement de Dieu. Voilà aussi pourquoi il existe une exégèse des textes bibliques : ceux-ci ne sont pas à prendre systématiquement « au pied de la lettre » mais doivent être « scrutés », « décortiqués » à la seule lumière de la Tradition vivante de l’Eglise.

D’une façon générale, le christianisme ne saurait en aucune façon passer pour une « religion du livre » : il est une religion de la Parole. Et il faut donc définitivement tordre le cou à cette idée fumeuse - qui n’est probablement pas sans arrière-pensée - selon laquelle le christianisme, le judaïsme et l’islam seraient les « trois religions du livre ». »

* Ainsi M. Macron, à Jérusalem, le 22 janvier 2020

Site à consulter :

Notre-Dame des Neiges