« Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui les laissent faire sans rien dire. »

jeudi 16 juillet 2015
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« Valeurs d’avenir. François Guillaume est ancien ministre, député honoraire et président de l’association Le Plan Guillaume. Après les déclarations de l’évêque d’Evry, Mgr Dubost, qui a dit « préférer que les églises deviennent des mosquées plutôt que des restaurants », François Guillaume a souhaité lui répondre dans Valeurs actuelles, à travers une lettre ouverte : « veut-on faire de la France la fille aînée de l’islam ? »

J’ai lu dans le Figaro que vous déclarez « préférer que les églises deviennent des mosquées plutôt que des restaurants ». À tout prendre, je préférerais l’inverse parce que c’est moins dangereux. Mais comment peut-on envisager une telle reconversion de nos édifices religieux construits par des chrétiens pour témoigner de leur foi en un Christ d’amour, quand les dignitaires musulmans se refusent à condamner clairement le massacre des chrétiens d’Orient ? Veut-on faire de la France la fille aînée de l’islam ? Entre la tolérance et la naïveté, il n’y a qu’un pas que d’aucuns ont déjà franchi. Je pense à ce que disait Einstein : « Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui les laissent faire sans rien dire. » La légitime défense n’interdit pas la charité, elle la permet.

Certes, en milieu rural, beaucoup de nos églises ne sont plus ou peu fréquentées. Elles sont une lourde charge pour nos petites communes. Pourtant député durant quatorze ans d’une circonscription rurale, je n’ai connu et ne connais aucun maire, qu’il soit catholique, indifférent ou athée, qui ait renoncé à entretenir la maison de Dieu ou, pis, qui ait envisagé de l’abattre.

Pour tout habitant, l’église est un symbole ; elle est identité du terroir ; elle est un appel, fût-il inconscient, à la solidarité et à l’indulgence envers autrui. Dans mon premier ouvrage, le Pain de la liberté, je le traduisais ainsi : « Le clocher, pour nous, c’est la durée ; c’est la concrétion des siècles ; c’est l’unité des vivants et des morts ; c’est la beauté et c’est la fragilité confiée au goût et à la force des hommes. Il suffit de pousser la porte pour que le silence du lieu saint vous invite à la méditation et vous pénètre de sa paix. »

S’il en est ainsi, comment ne pas, alors, quand le culte n’est plus pratiqué, rechercher une autre destination à l’édifice qui ne porte pas préjudice à son caractère sacré ? Je crois y être parvenu dans une commune de Lorraine, dont l’église romane datant de la fin du XIe siècle menaçait ruine. Sa restauration exigeait des fonds que j’ai obtenus grâce à l’engagement par la municipalité d’une activité à la fois culturelle et cultuelle qui, à la belle saison, invite les mélomanes de la grande région à un festival de quinze concerts de musique sacrée baroque interprétée par d’éminents artistes (Jordi Savall) et par des contreténors réputés (Jaroussky, Andreas Scholl…). « Chanter, c’est prier deux fois », m’a-t-on dit dans mon enfance. À Froville, on met en application cette recommandation et sa centaine d’habitants est heureuse et fière d’avoir sauvé son église bâtie par des moines défricheurs.

Monseigneur, je ne me prévaux pas d’une très grande piété et je me garde bien de juger mon prochain, mais je ne souffre pas qu’on décrète l’Évangile et le Coran compatibles. Sans pour autant mettre en cause la sincérité d’une majorité de musulmans, je redoute cependant qu’elle ne se laisse embrigader, volens nolens, par des imams pour qui se voir confier nos églises désaffectées serait un moyen inespéré de faire du prosélytisme.

Veuillez croire, Monseigneur, à ma très respectueuse considération. »

François Guillaume

Source :

valeurs actuelles