Célibat, prière, doctrine : c’est ainsi que nous sortirons de la crise de l’Eglise

vendredi 15 novembre 2019
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« Célibat, prière, doctrine : c’est ainsi que nous sortirons de la crise de l’Eglise »




Le Préfet du Culte divin a rencontré La Nuova Bussola Quotidiana :

Cardinal Sarah* : « Célibat, prière, doctrine : c’est ainsi que nous sortirons de la crise de l’Eglise »
10-11-2019

« Comment nous sommes arrivés à une telle folie de rejeter Dieu massivement ? »

Participation très nombreuse à Milan lors de la présentation du livre du cardinal Robert Sarah, événement organisé par la Nuova Bussola Quotidiana. La crise de la foi, de l’Eglise et de l’homme. « Sans le Christ, nos réformes ne sont que ruine ». Et encore : le célibat (« aucun impératif ne pourra l’effacer »), la perte du sacré (« il y a des prêtres qui ne croient pas en la présence réelle de l’Eucharistie »), les responsabilités des évêques (« Nous avons déchristianisé l’Occident »), l’« encyclique de Benoît XVI » et le paganisme. « Lorsque l’Église aborde les phénomènes sociaux, elle subit d’énormes pressions pour changer son enseignement sur le célibat et la morale sexuelle ». Le préfet du culte divin a analysé et dénoncé les maux d’aujourd’hui. Mais aussi offert des remèdes pour la renaissance. Lesquels ? Tout d’abord, commencez à prier comme le fait Ratzinger : « Jeûnez pour la couardise de vos pasteurs ».

La crise de la foi, de l’Église et des prêtres. Les maux qui assaillent la barque de Pierre, prise entre relativisme et idéologies du monde. Et la renaissance qui passe par les monastères, les familles, la doctrine et la prière. Le cardinal Robert Sarah a présenté hier à la Casa Ildefonso Schuster, à Milan, avec le directeur de la Nuova Bussola Quotidiana, Riccardo Cascioli, son livre « Le soir approche et déjà le jour baisse ». Un événement très populaire organisé par Nuova Bussola Quotidiana en collaboration avec l’éditeur Cantagalli. Le préfet du Culte divin, qui avec ce livre a mis fin à sa trilogie commencée avec ’Dieu ou rien’ et poursuivie avec ’la Force du silence’, a tout d’abord encouragé les fidèles et les prêtres en ce moment de déclin : "Je voulais que ce livre réconforte les chrétiens et les prêtres fidèles ». C’est dans cet esprit que les nombreux lecteurs de la Bussola l’ont accueilli hier. Nous proposons une large sélection des sujets traités par le cardinal, en rapport avec la publication intégrale de cette ’lectio magistralis’ dans les prochains jours. Andrea Zambrano

SERAIS-JE DUR ?

On m’a dit que j’étais un peu dur face à la crise de la foi, à la crise du sacerdoce, à la crise de l’Église et à l’effondrement spirituel de l’Occident. Je vais vous raconter une anecdote. Après avoir lu mon livre, un journaliste m’a posé la question suivante : « Eminence, que dites-vous à ceux qui pourraient penser que votre livre est pessimiste, voire alarmiste ? » Moi aussi j’ai été alarmé par cette question ... Mais je me suis repris tout de suite : pourquoi fuir la réalité ? J’ai alors répondu que le livre essayait d’observer la réalité et de poser un diagnostic avec la plus grande prudence et avec un grand souci de rigueur, de précision et d’objectivité. Il me semble que je ne suis pas trop éloigné de la vérité ni de la réalité des choses et des situations.

DECLIN DE L’EUCHARISTIE

La crise que vivent le clergé, l’Eglise, l’Occident et le monde est une crise spirituelle, une crise de foi en Dieu, une crise anthropologique ; l’économico-social n’est qu’un corollaire : certes dramatique, mais un corollaire. Le déclin de la foi en la présence effective de Jésus dans l’Eucharistie est au centre de la crise et du déclin de l’Église, en particulier en Occident.

NOTRE FAUTE, A NOUS EVEQUES

Nous, évêques, prêtres et fidèles laïcs, sommes tous responsables de la crise sacerdotale et de la déchristianisation de l’Occident. Georges Bernanos écrivait avant la guerre : « Nous répétons sans cesse, avec des larmes d’impuissance, de paresse ou d’orgueil, que le monde se déchristianise. Mais le monde n’a pas reçu le Christ – non pro mundo rogo – c’est nous qui l’avons reçu pour lui, c’est de nos cœurs que Dieu se retire, c’est nous qui nous déchristianisons, misérables ! ».

UNE ÉGLISE SOCIOLOGIQUE

Au lieu d’aborder la question cruciale de la foi et de la mission fondamentale de l’Église, qui est l’annonce de l’Évangile et du nom de Jésus-Christ, unique Sauveur du monde, nous passons beaucoup de temps à parler de phénomènes sociaux : homosexualité, accueil des migrants, dialogue, changement climatique. Les questions socio-économiques et politiques sont devenues centrales non seulement dans le débat politique, mais aussi dans le débat ecclésial. Tout cela est une stratégie organisée en vue de faire pression pour changer l’enseignement de l’Église sur le célibat et la morale sexuelle.

VERS LA RUINE

Si la foi ne retrouve pas une vitalité nouvelle en devenant une conviction profonde et une force réelle à travers la rencontre personnelle et intime établie avec Jésus-Christ, toutes les réformes de l’Église que nous entreprendrons resteront inefficaces et vides et nous irons vers la ruine. Cette perte du sens de la foi est la source et la racine de la crise de la civilisation, de la crise de l’Église et du sacerdoce, que nous vivons aujourd’hui.

L’HOMME SANS DIEU

L’homme séparé de Dieu est réduit à sa seule dimension horizontale. Et comme disait Gilbert K. Chesterton : « Quand les gens cessent de croire en Dieu, ils ne croient plus en rien. » Cette amputation est précisément l’une des causes fondamentales du totalitarisme qui a eu des conséquences tragiques au XXe siècle. En occultant la référence à Dieu, nous laissons place au relativisme et à une conception ambiguë de la liberté, qui finit par relier l’homme aux idoles. Si Dieu perd son caractère central, l’homme perd la place qui lui revient, il ne trouve plus sa place dans la création, dans les relations avec les autres. Le rejet moderne de Dieu nous enferme dans un nouveau totalitarisme : celui du relativisme et du libéralisme absolu qui n’admet aucune loi autre que celle du profit.

L’OCCIDENT

Dans l’histoire du monde et des peuples, il ne semble pas y avoir eu de civilisation ni de peuples qui aient légalisé l’avortement, l’euthanasie ou démoli la famille et brisé le mariage de la manière dont le fait aujourd’hui l’Occident.

UNE SOMBRE SOLITUDE

Le déficit chronique de la natalité, surtout en Occident, la démolition programmée des fondements de la famille et du mariage, les vices contre la nature, les actes de pédophilie ou de maltraitance de mineurs, les actes homosexuels et les horreurs de la pornographie qui profanent et dégradent le corps de l’homme et de la femme. Tout cela traduit une crise anthropologique profonde. Tout cela manifeste un sentiment de sombre solitude dans laquelle l’homme est tombé.

LA PLACE DE DIEU

Comment en sommes-nous arrivés à une telle folie, à une crise anthropologique et sociale de ce genre ? C’est simple : nous avons massivement rejeté Dieu, qui n’a plus sa place dans nos sociétés. Le seul endroit où il est toléré et placé en « assignation à résidence » se trouve dans le domaine privé.

L’AVORTEMENT, L’EUTHANASIE etc

L’avortement est devenu un « droit » pour les femmes. Les personnes âgées ou les malades peuvent être légalement euthanasiés dans certains pays, même européens, et donc aussi les petits qui pourraient souffrir d’un trouble qu’ils ne peuvent pas « endurer » ou qui ne les rend pas acceptables pour la société. N’est-ce pas abominable ? Quand le seul seigneur de la vie et de la mort devrait être Dieu lui-même ! Alors que nous luttons partout contre les mutilations génitales, pratique inhumaine répandue dans certains pays, nous légalisons conjointement tous les dispositifs visant à intervenir sur le corps afin que les personnes puissent changer de sexe en Occident, si elles le souhaitent.

SANSRES

Le rejet de la paternité nous empêche d’accepter d’être enfants et d’avoir quelqu’un qui a autorité sur nous. Nous avons convaincu nos contemporains que, pour être libres, nous ne devons dépendre de personne. Pourtant, l’homme civilisé est fondamentalement héritier ; il reçoit une histoire, une culture, une langue, une religion, une foi, un nom, une famille, une tradition, une patrie, un père, une mère, etc. C’est ce qui le distingue du barbare. Refuser de rejoindre un réseau de dépendances, d’héritage et de parenté nous condamne à entrer dans la jungle de la concurrence dans une économie livrée à elle-même. C’est ainsi que l’homme se condamne à l’enfer de la mondialisation libérale, sans paramètres moraux ou éthiques, où les intérêts individuels se heurtent sans autre loi que celle du profit.

GENRE

L’idéologie du genre est en fait un refus luciférien de recevoir une nature sexuée de Dieu. Je dis que le transhumanisme est l’avatar ultime de ce mouvement. Celui qui change de sexe se rebelle contre Dieu En France, on m’a présenté un séminariste transgenre qui de femme est devenu un « homme ». J’ai dû intervenir en interdisant l’ordination au diaconat.

CELIBAT SACERDOTAL

Jésus a dit : « La moisson est abondante, priez ». Il n’a pas dit : « Organisez-vous d’une manière ou d’une autre », mais il a dit de prier. Comme l’a très bien expliqué Benoît XVI, en partant également de la Sainte Écriture. Chacune des 12 tribus d’Israël avait un territoire, seuls les Lévites n’avaient pas de territoire parce que leur territoire était Dieu. Lorsqu’ils étaient appelés à occuper un poste sacerdotal, les Juifs devaient quitter la famille et vivre le célibat. Dans l’Ancien Testament, nous avons également l’exercice du célibat sacerdotal. Je dis donc qu’il n’y a nul besoin d’annuler le célibat sacerdotal. Ce serait un dommage terrible pour l’Église. C’est pourquoi j’invite les prêtres à vénérer leur célibat.

MISSIONNAIRE

Les missionnaires spiritains grâce auxquels j’ai découvert la foi catholique avaient trois directions : la prière, l’éducation et le soin du corps. Ils avaient clairement compris que sans l’aide de Dieu, ils ne pourraient rien faire dans leur évangélisation.

« L’ENCYCLIQUE » DE BENOIT XVI

Comme la prière est une énergie, un carburant pour la mission, le pape Benoît XVI depuis son monastère nous transmet cette énergie. Comment ? Par la prière. Benoît dans son monastère prie et cette prière constante est la plus belle encyclique qu’il puisse offrir à l’Église. Montrez ce chemin aux prêtres car aujourd’hui, l’Église doit apprendre à prier et c’est ce que nous enseigne Benoît.

INCULTURATION ET PAGANISME (OU SUR LA PACHAMAMA)

Il ne suffit pas de traduire la parole de Dieu dans nos langues, et ce n’est pas en mettant des choses dans la liturgie que cela devient une inculturation. La liturgie en Afrique est très vivante, mais cela ne suffit pas. Prenons garde. Nous devons nous demander : Dieu s’y trouve-t-Il ? Cela change-t-il ma vie ? Ou est-ce juste du folklore ?

COMMUNIER A GENOUX

Certains prêtres refusent la communion à genoux. Mais de cette façon, c’est Jésus qu’ils humilient. Alors ne vous mettez pas en colère, mais humiliez votre cœur et agenouillez-vous.

LA FOI DANS L’EUCHARISTIE

Cette grande crise est sacerdotale. Je vois les prêtres qui viennent concélébrer avec le pape dans les grands rassemblements. Ils ont la Sainte Eucharistie dans la main droite et dans la gauche ils tiennent leur téléphone portable. Ces prêtres n’ont pas la foi ! Et les gens les voient comme ça ! Aidez-nous à bien traiter l’Eucharistie car elle est la source de la vie chrétienne. Si nous endommageons l’Eucharistie, nous endommageons la foi.

QUE FAIRE ?

La PRIÈRE : Celui qui prie est sauvé, celui qui ne prie pas est damné, a dit saint Alphonse. Une église qui n’apporte pas la prière en tant qu’atout le plus précieux court le risque de se perdre. Si nous ne retrouvons pas le sens de veilles longues et patientes avec le Seigneur, nous le trahirons. Les apôtres l’ont fait : croyons-nous être meilleurs qu’eux ? Il ne s’agit pas de multiplier les mots. Il s’agit de se taire et d’adorer. Il s’agit de s’agenouiller. Je vous le dis sans hésiter : voulez-vous élever l’Église ? Alors agenouillez-vous ! L’homme n’est pas grand et n’atteint sa plus haute noblesse que lorsqu’il s’agenouille devant Dieu : le grand homme est humble et l’humble est à genoux ! Un homme à genoux est plus puissant que le monde ! C’est un rempart imprenable contre l’athéisme, la pensée dominante et la folie des hommes. Un homme à genoux secoue l’orgueil de Satan !

La DOCTRINE CATHOLIQUE : Je suis blessé de voir autant de pasteurs brader la doctrine catholique et créer des divisions parmi les fidèles. Nous devons au peuple chrétien un enseignement clair, ferme et stable. Comment pouvons-nous accepter que les conférences épiscopales se contredisent ? Là où règne la confusion, Dieu ne peut pas vivre ! Ceux qui annoncent le changement et la rupture sont de faux prophètes ! Ils ne cherchent pas le bien du troupeau. Ce sont des mercenaires dans le bercail ! Notre unité sera forgée autour de la vérité de la doctrine catholique. Il n’y a pas d’autre moyen. Vouloir gagner la popularité des médias au prix de la vérité revient à faire le travail de Judas !

L’AMOUR DE PIERRE : Nous savons que le bateau de l’Église n’est pas confié à un homme en raison de son talent extraordinaire de surhomme. Nous croyons cependant que cet homme sera toujours assisté par le pasteur divin pour maintenir ferme la règle de la foi. Chers amis, les bergers sont couverts de défauts et d’imperfections. Mais ce n’est pas en les méprisant que vous construirez l’unité de l’Église. N’ayez pas peur de leur demander la foi catholique, les sacrements de la vie divine ! Si vous pensez que vos prêtres et vos évêques ne sont pas des saints, alors soyez saints pour eux ! Faites vite pénitence pour leurs fautes et leur lâcheté. Alors seulement, le fardeau de l’autre pourra être porté !

La CHARITÉ FRATERNELLE : Il est temps d’annoncer la fin du suspect ! Pour nous, catholiques, il est temps « d’entrer dans un véritable processus de réconciliation interne ». La charité est l’amour de Dieu : nous sommes donc « la » charité, et nous nous faisons témoins de la charité envers notre prochain, parce que Dieu nous a aimés le premier. Il en va de même pour la miséricorde, comprise trivialement par beaucoup comme un coup d’éponge porté sur nos péchés. Il est vrai que Jésus nous précède toujours et nous attend à bras ouverts, mais il nous incombe d’avoir aussi un mouvement vers lui !

SEUL DIEU, SEUL AMOUR

En conclusion, chers amis, le point de départ n’est que l’amour pour Dieu, il n’y a pas d’autre solution. Nous pouvons aimer notre prochain comme Dieu nous a aimés, uniquement parce que Dieu nous a aimés en premier. Par conséquent, même lorsque nous parlons d’amour, nous ne parlons pas d’une sentimentalité abstraite et passagère, mais d’un amour durable et éternel. L’amour est un terme tellement maltraité et violé dans la société contemporaine que nous devrions avoir au moins un peu de pudeur en prononçant son nom.

* Préfet du Culte Divin

© par Andrea Zambrano - La Nuova Bussola Quotidiana

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