Retournons à l’Eucharistie avec joie

mercredi 16 septembre 2020
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Cardinal Sarah : Retournons à l’Eucharistie avec joie



Cité du Vatican, 14 sept. 2020

« Le cardinal Robert Sarah, préfet du dicastère du Vatican pour la liturgie et les sacrements, a envoyé une lettre aux évêques du monde entier, les exhortant à revenir à la messe, avec des protocoles de sécurité appropriés observés dans le cadre de la pandémie de coronavirus.

Vous trouverez ci-dessous le texte intégral de cette lettre (traduction automatique) :
Retournons à l’Eucharistie avec joie !

Lettre sur la célébration de la liturgie pendant et après la pandémie de COVID 19 aux Présidents des Conférences épiscopales de l’Église catholique.

La pandémie causée par le virus Covid 19 a produit des bouleversements non seulement dans les dynamiques sociales, familiales, économiques, éducatives et professionnelles, mais aussi dans la vie de la communauté chrétienne, y compris dans la dimension liturgique. Pour prévenir la propagation du virus, il a fallu prendre une distance sociale rigide, ce qui a eu des répercussions sur un trait fondamental de la vie chrétienne : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux » (Mt 18, 20) ; « Ils se sont consacrés à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. Et tous ceux qui croyaient étaient ensemble et avaient tout en commun » (Actes 2, 42-44).

Cette dimension communautaire a une signification théologique : Dieu est une relation de Personnes la Très Sainte Trinité. Il crée l’humanité dans la complémentarité relationnelle entre l’homme et la femme car « il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Gn 2, 18). Il se met en relation avec l’homme et la femme et les appelle à leur tour à la relation avec lui. Comme le dit saint Augustin, notre cœur est agité jusqu’à ce qu’il trouve Dieu et se repose en lui (cf. Confessions, I, 1). Le Seigneur Jésus a commencé son ministère public en appelant lui-même un groupe de disciples pour partager avec lui la vie et l’annonce du Royaume ; de ce petit troupeau naît l’Église. L’Écriture utilise l’image d’une ville pour décrire la vie éternelle : la Jérusalem céleste (cf. Ap 21). Une ville est une communauté de personnes qui partagent des valeurs, des réalités humaines et spirituelles fondamentales, des lieux, des temps et des activités organisées et qui contribuent à la construction du bien commun.

Alors que les païens construisaient des temples dédiés uniquement à la divinité, auxquels les gens n’avaient pas accès, les chrétiens, dès qu’ils jouissaient de la liberté de culte, construisaient immédiatement des lieux qui étaient domus Dei et domus ecclesiae, où les fidèles pouvaient se reconnaître comme la communauté de Dieu, un peuple convoqué pour le culte et constitué en une sainte assemblée. Dieu peut donc proclamer : « Je suis ton Dieu, tu seras mon peuple » (cf. Ex 6, 7 ; Dt 14, 2). Le Seigneur reste fidèle à son Alliance (cf. Dt 7, 9) et Israël devient pour cette raison même la Demeure de Dieu, le lieu saint de sa présence dans le monde (cf. Ex 29, 45 ; Lv 26, 11-12). Pour cette raison, la maison du Seigneur présuppose la présence de la famille des enfants de Dieu. Aujourd’hui encore, dans la prière de dédicace d’une nouvelle Église, l’évêque demande qu’elle soit ce qu’elle doit être par sa nature même :
"[...] faire de ce lieu pour toujours un lieu saint [...]

Ici, Père très saint, que les flots de ta grâce recouvrent les fautes des hommes, afin que tes fils, morts au péché, renaissent de la vie d’en haut.

Ici, que tes fidèles, alentour de la table de l’autel, célèbrent le mémorial de la Pâque et se nourrissent au banquet de la parole du Christ et de son corps.
Ici, que résonne en joyeuse offrande de louange la voix des hommes unie aux chœurs des anges, et que monte vers toi pour le salut du monde, une incessante prière.

Ici, que les pauvres rencontrent la miséricorde, que les opprimés trouvent la vraie liberté, que tous les hommes recouvrent la dignité de tes fils, dans l’espérance de parvenir un jour, pleins de joie, à la Jérusalem d’en haut.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur et notre Dieu, qui règne avec toi et le Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles. Amen

La communauté chrétienne n’a jamais cherché l’isolement et n’a jamais fait de l’Église une ville aux portes fermées. Formés à la valeur de la vie communautaire et à la recherche du bien commun, les chrétiens ont toujours cherché à s’insérer dans la société, tout en étant conscients d’une altérité - être dans le monde sans y appartenir et sans y être réduits (cf. Lettre à Diognète, 5-6). Et même dans l’urgence pandémique, un grand sens des responsabilités s’est dégagé. En écoutant et en collaborant avec les autorités civiles et les experts« , on note que les évêques de l’Église »ont été prompts à prendre des décisions difficiles et douloureuses, au point même de suspendre pendant une longue période la participation des fidèles à la célébration de l’Eucharistie. Cette Congrégation est profondément reconnaissante aux évêques pour leur engagement et leurs efforts pour tenter de répondre dans les meilleures conditions possibles à cette situation.

Mais dès que les circonstances le permettent, il est nécessaire et urgent de revenir à la normalité de la vie chrétienne, qui a pour maison l’édifice de l’église et la célébration de la liturgie, en particulier l’Eucharistie, comme « le sommet vers lequel l’activité de l’Église est dirigée, en même temps qu’elle est la source d’où jaillit toute sa puissance » (Sacrosanctum Concilium, 10).

Conscients que Dieu n’abandonne jamais l’humanité qu’il a créée, et que même les épreuves les plus dures peuvent porter des fruits de grâce, nous avons accepté notre éloignement de l’autel du Seigneur comme un temps de jeûne eucharistique, utile pour nous permettre de redécouvrir son importance vitale, sa beauté et sa préciosité incommensurable. Mais dès que cela sera possible, nous devrons revenir à l’Eucharistie avec un cœur purifié, avec un étonnement renouvelé, avec un désir accru de rencontrer le Seigneur, d’être avec lui, de le recevoir et de le porter à nos frères et sœurs avec le témoignage d’une vie pleine de foi, d’amour et d’espérance.
Ce temps de privation nous donne la grâce de comprendre le cœur de nos frères et sœurs, les martyrs d’Abitinae (début du IVe siècle), qui ont répondu à leurs juges avec une détermination sereine, malgré une condamnation à mort certaine : « Sine Dominico non possumus ». Le verbe absolu non possumus (nous ne pouvons pas) et la signification du non Dominicum neutre (qui est celui du Seigneur) ne peuvent être traduits par un seul mot. Une expression très brève résume une grande richesse de nuances et de significations qui s’offrent à notre médiation aujourd’hui :

— - Nous ne pouvons pas vivre, être chrétiens, en réalisant pleinement notre humanité et les désirs de bien et de bonheur qui habitent nos cœurs sans la Parole du Seigneur, qui dans la célébration de la liturgie prend forme et devient une parole vivante, prononcée par Dieu pour ceux qui aujourd’hui ouvrent leur cœur à l’écoute ;
— - Nous ne pouvons pas vivre en chrétiens sans participer au Sacrifice de la Croix dans lequel le Seigneur Jésus se donne sans réserve pour sauver, par sa mort, l’humanité qui était morte à cause du péché ; le Rédempteur associe l’humanité à lui-même et la ramène au Père ; dans l’étreinte du Crucifié, toute souffrance humaine trouve lumière et réconfort ;
— - Nous ne pouvons pas nous passer du banquet de l’Eucharistie, la table du Seigneur à laquelle nous sommes invités en tant que fils et filles, frères et soeurs à recevoir le Christ ressuscité lui-même, présent en corps, en sang, en âme et en divinité dans ce Pain du ciel qui nous soutient dans les joies et les peines de ce pèlerinage terrestre ;
— - Nous ne pouvons pas être sans la communauté chrétienne, la famille du Seigneur : nous devons rencontrer nos frères et sœurs qui partagent la filiation de Dieu, la fraternité du Christ, la vocation et la recherche de la sainteté et du salut de leurs âmes dans la riche diversité des âges, des histoires personnelles, des charismes et des vocations ;
— - Nous ne pouvons être sans la maison du Seigneur, qui est notre foyer, sans les lieux saints où nous sommes nés dans la foi, où nous avons découvert la présence providentielle du Seigneur et découvert l’étreinte miséricordieuse qui relève ceux qui sont tombés, où nous avons consacré notre vocation au mariage ou à la vie religieuse, où nous avons prié et rendu grâce, nous nous sommes réjouis et avons pleuré, où nous avons confié au Père nos proches qui avaient accompli leur pèlerinage terrestre ;
— - Nous ne pouvons être sans le Jour du Seigneur, sans le dimanche qui donne lumière et sens aux successions de jours de travail et aux responsabilités familiales et sociales.

Autant les moyens de communication rendent un service précieux aux malades et à ceux qui ne peuvent pas aller à l’église, autant ils ont rendu un grand service dans la diffusion de la Sainte Messe à une époque où il n’y avait pas de possibilité de célébrations communautaires, pas de diffusion à la participation personnelle ou ne peut la remplacer. Au contraire, ces émissions risquent à elles seules de nous éloigner d’une rencontre personnelle et intime avec le Dieu incarné qui s’est donné à nous non pas de manière virtuelle, mais réellement, en disant : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui » (Jn 6, 56). Ce contact physique avec le Seigneur est vital, indispensable, irremplaçable. Une fois que les mesures concrètes qui peuvent être prises pour réduire au minimum la propagation du virus ont été identifiées et adoptées, il est nécessaire que tous reprennent leur place dans l’assemblée des frères et sœurs, redécouvrent la préciosité et la beauté irremplaçables de la célébration de la liturgie, et invitent et encouragent à nouveau ces frères et sœurs qui ont été trop longtemps découragés, effrayés, absents ou peu impliqués.

Ce Discastère entend réaffirmer certains principes et suggérer quelques pistes d’action pour favoriser un retour rapide et sûr à la célébration de l’Eucharistie.
L’attention portée aux règles d’hygiène et de sécurité ne peut conduire à la stérilisation des gestes et des rites, à l’instillation, même inconsciente, de la peur et de l’insécurité chez les fidèles.

Il appartient à l’action prudente mais ferme des évêques de veiller à ce que la participation des fidèles à la célébration de l’Eucharistie ne soit pas réduite par les autorités publiques à un « rassemblement », et ne soit pas considérée comme comparable ou même subordonnée à des formes d’activités récréatives.
Les normes liturgiques ne sont pas des matières sur lesquelles les autorités civiles peuvent légiférer, mais seulement les autorités ecclésiastiques compétentes (cf. Sacrosanctum Concilium, 22).

La participation des fidèles aux célébrations liturgiques doit être facilitée, mais sans expériences rituelles improvisées et dans le plein respect des normes contenues dans les livres liturgiques qui régissent leur conduite. Dans la liturgie, une expérience de sacralité, de sainteté et de beauté qui transfigure, donne un avant-goût de l’harmonie de la béatitude éternelle. Il convient donc de veiller à la dignité des lieux, du mobilier sacré, du mode de célébration, selon l’instruction faisant autorité du Concile Vatican II : « Les rites doivent se distinguer par une noble simplicité » (Sacrosanctum Concilium, 34).

Les fidèles doivent être reconnus comme ayant le droit de recevoir le Corps du Christ et d’adorer le Seigneur présent dans l’Eucharistie de la manière prévue, sans limitations qui vont même au-delà de ce qui est prévu par les normes d’hygiène émises par les autorités publiques ou les évêques.

Dans la célébration eucharistique, les fidèles adorent Jésus ressuscité présent ; et nous voyons avec quelle facilité le sens de l’adoration, la prière d’adoration, se perd. Dans leur catéchèse, nous demandons aux Pasteurs d’insister sur la nécessité de l’adoration.

Un principe sûr pour ne pas se tromper est l’obéissance. L’obéissance aux normes de l’Église, l’obéissance aux évêques. En temps de difficultés (par exemple, guerres, pandémies), les évêques et les conférences épiscopales peuvent donner des normes provisoires auxquelles il faut obéir. L’obéissance protège le trésor confié à l’Église. Les mesures données par les évêques et les conférences épiscopales expirent lorsque la situation revient à la normale.

L’Église continuera à chérir la personne humaine dans son ensemble. Elle témoigne de l’espérance, nous invite à avoir confiance en Dieu, rappelle que l’existence terrestre est importante, mais que la vie éternelle l’est bien plus encore : partager la même vie avec Dieu pour l’éternité est notre but, notre vocation. Telle est la foi de l’Église, dont une multitude de martyrs et de saints ont témoigné au cours des siècles, une proclamation positive qui nous libère des réductionnismes unidimensionnels et des idéologies. L’Église unit la proclamation et l’accompagnement vers le salut éternel des âmes avec le souci nécessaire de la santé publique.

Continuons donc à nous confier avec confiance à la miséricorde de Dieu, à invoquer l’intercession de la Bienheureuse Vierge Marie, salus infirmorum at auxilium christianorum, pour tous ceux qui sont cruellement éprouvés par la pandémie et toute autre affliction, persévérons dans la prière pour ceux qui ont quitté cette vie, et en même temps renouvelons notre intention d’être témoins du Ressuscité et hérauts d’une espérance sûre, qui dépasse les limites de ce monde.
Du Vatican, le 15 août 2020

Solennité de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie

Le Souverain Pontife François, dans l’audience accordée le 3 septembre 2020 au Cardinal Préfet soussigné de la Congrégation pour le Culte Divin et la Disciple des Sacrements, a approuvé cette Lettre et a ordonné sa publication. »

Le Cardinal Robert. Sarah
Préfet

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