« Face à l’adversité, méditons les leçons de Jeanne d’Arc »

jeudi 26 mars 2020
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« Face à l’adversité, méditons les leçons de Jeanne d’Arc »



« FIGAROVOX/TRIBUNE - Alors que les Fêtes de Jeanne d’Arc à Orléans ont été reportées en raison de l’épidémie, Bénédicte Baranger s’exprime sur l’actualité du message johannique en cette période difficile.

Bénédicte Baranger est Présidente d’Orléans Jeanne d’Arc, l’association qui participe à l’organisation des Fêtes de Jeanne d’Arc d’Orléans.

Avril 1920, il y a tout juste cent ans. Notre pays sort à peine de quatre années de guerre apocalyptique. Pas un Français qui n’ait perdu un mari, un frère, un fils, un oncle ou un cousin. Au même moment et dans tous les pays du monde, un autre adversaire, la grippe espagnole, finit de tuer aveuglément une génération déjà mutilée. Malheur de la mort et angoisse de la maladie. Déchirement des familles et crainte pour le lendemain. L’Histoire vient d’écrire une nouvelle page tragique en lettres de sang.

Pourtant, en ce mois d’avril 1920, le pays profondément meurtri se retrouve sur les places et dans les rues, à Orléans et à Paris, à Reims, à Domrémy et dans tous les villages de France pour honorer une fillette d’à peine vingt ans. Son titre de gloire ? Avoir donné sa vie il y a bien longtemps pour son pays et pour son Dieu, comme tant d’autres l’ont fait hier encore. Malgré le malheur, malgré les privations et les deuils, les Français honorent celle qui vient d’être canonisée à Saint Pierre de Rome par le pape Benoit XV.

Paradoxe magnifique d’une Nation qui, pour célébrer sa force, rend hommage au martyr d’une enfant.

Catholiques, ils vénèrent la Sainte. Une jeune femme qui rappelle à tous que Dieu choisit ce qui est petit et humble pour construire l’Espérance.

Patriotes, ils honorent la Jeanne nationale, désormais fêtée comme une héroïne par la République. Paradoxe magnifique d’une Nation qui, pour célébrer sa force, rend hommage au martyr d’une enfant. « Souvenons-nous toujours, Français, que la patrie chez nous est né au cœur d’une femme, de sa tendresse et de ses larmes, du sang qu’elle a versé pour nous » disait Michelet.

Hommage d’une génération affligée à la Sainte d’une autre époque, faite elle aussi de souffrances. Aujourd’hui, année du centenaire de sa canonisation, nous faisons à nouveau connaissance avec la difficulté, la mort et la peur, comme en 1428, comme au début du siècle dernier.

Cette peur que l’on croyait rangée parmi les reliques d’un ancien monde. Vieillerie terrifiante, coincée sur le rayon des malédictions que nous croyions impossibles, juste à côté du vieux livre des superstitions médiévales que nous ne comprenons plus. Cette peur, que nous regardions parfois avec condescendance, juchés sur le promontoire de nos orgueils et de nos progrès magnifiques. Mais au XVe siècle, comme au XXe ou au XXIe, nos certitudes s’effondrent devant l’imprévu et le tragique, face à la maladie ou à la guerre.

Face à la peur qui nous terrasse, Jeanne d’Arc incarne avant tout l’espoir.
Cette année, les Fêtes de Jeanne d’Arc d’Orléans fêteront leur 591e anniversaire. Cette édition ne sera pas comme les autres, car les festivités seront reportées à des jours meilleurs. Mais elles auront lieu dès que possible, car cette année, comme ce fut le cas en 1920, le témoignage de Jeanne nous parle particulièrement.
Face à la peur qui nous terrasse, Jeanne d’Arc incarne avant tout l’espoir. Aucune situation n’est désespérée, y compris la nôtre. En 1429, la France est un théâtre de batailles depuis plusieurs décennies. La Peste noire a fauché plus d’un tiers de la population aux prémices d’une guerre interminable. Plusieurs papes s’affrontent, et la chrétienté se déchire. Rien n’est sûr, la lumière semble définitivement partie. Pourtant, Jeanne a tout changé, et a permis à l’autorité légitime de reprendre sa place. C’est elle qui remet l’ordre au milieu du trouble, le Roi sur son trône et l’Anglais dans son pays. « Hardi, n’ayez pas peur ! » Et nous, de quoi avons-nous réellement peur en ce moment ? Où plaçons-nous notre espoir ? Dans ce qui s’effondre aujourd’hui ou dans ce que nous pouvons construire demain ?
Jeanne d’Arc incarne la véritable autorité. Celle qui est faite de compassion, de service et d’exemplarité.

Jeanne d’Arc incarne aussi la puissance des petits. Fille des périphéries du Royaume de France, elle sauve un pays qu’aucun puissant n’a su sauver avant elle. Ni les nobles, ni les commerçants, ni les prélats, ni les échevins, ni les universitaires. C’est elle, fille des champs, qui guide le peuple vers la victoire. Elle rassemble autour d’elle les grands et les pauvres pour les mener vers un seul objectif : la victoire et la liberté. Et nous, en période de crise, serons-nous capables d’écouter ce qui est petit ? Pour nous, qui donnera la victoire ? La puissance des hommes ou leur humilité face à ce qui les dépasse ?

Enfin, Jeanne d’Arc incarne la véritable autorité. Celle qui est faite de compassion, de service et d’exemplarité. Affligée par la « grande pitié du Royaume de France », elle pleure sur son pays. Pourtant, elle combat en première ligne, ne se décourage pas, ne se cache pas. Elle donne l’exemple à ses soldats et exige beaucoup d’eux, car elle est à leur service. Nous-même, alors que nous cherchons des voies de sorties, de quelle autorité avons-nous besoin ? Une autorité froide et efficace ? Une autorité lointaine ? Une autorité responsable et au service ?

Le centenaire de Jeanne est aujourd’hui, alors que nous sommes assignés à demeure par un ennemi invisible qui nous rappelle sournoisement que nous ne sommes que peu de chose. Malgré tout, dans nos foyers, fêtons Jeanne, la Sainte des temps difficiles ! Pour ceux qui croient, prions-la. Pour ceux qui ne croient pas, méditons sur son exemple et son parcours, car elle a encore beaucoup à nous apprendre.

Bientôt, nous fêterons dans la rue et dans la joie le centenaire de sa Canonisation et de l’Hommage patriotique que le pays lui rend depuis un siècle. Cette fête sera pour nous une nouvelle libération. Mais dès maintenant, regardons-la et gardons espoir. Elle est une merveilleuse leçon de résilience face à l’adversité. »

Site source :

le figaro vox


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mercredi 1er avril 2020

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