Vénérable Pauline Jaricot et l’Œuvre de la Propagation de la Foi

samedi 7 mai 2016
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Vénérable Pauline Jaricot et l’Œuvre de la Propagation de la Foi



« La mobilisation des laïcs pour la mission a lancé en France
l’Œuvre de la Propagation de la Foi aujourd’hui présente en 140 pays.

À Lyon nait en 1822, une œuvre de laïcs de soutien aux missions : l’Œuvre de la Propagation de la Foi (OPF), dont Pauline Jaricot (1799-1862, déclarée Vénérable en 1963), dernière d’une famille lyonnaise de huit enfants, est l’une des protagonistes. Elle prend très vite une dimension internationale, tant du côté des donateurs que des bénéficiaires. En 1922, avec trois autres œuvres missionnaires, elle deviendra une œuvre pontificale.

En ce début du XIXe siècle, nous sommes dans le contexte général du réveil de l’activité missionnaire, quelque peu mise à mal par la tourmente révolutionnaire qui a affecté non seulement la France mais l’ensemble de l’Europe.

Le Romantisme, le retour au Catholicisme, en particulier dans les élites, tout un ensemble popularisé par Le génie du Christianisme de Chateaubriand, ont contribué à développer à nouveau ce goût de la mission. Profitant de ce climat et de la paix revenue à la fin de l’Empire napoléonien, les grandes congrégations religieuses « repartent » en mission alors que d’autres sont fondées dans ce but, soutenues par la congrégation romaine de la Propaganda Fide (organe du Saint Siège dédié à la mission fondé en 1622, devenue sous Jean-Paul II la Congrégation pour l’évangélisation des peuples) reconstituée à la fin de l’Empire.

La fondation de cette œuvre de la Propagation de la Foi à Lyon est bien dans l’air du temps. Elle est permise par la conjonction de deux éléments. Les Missions Étrangères de Paris (MEP) créent en 1817 une « Association de prières et de soutien pour les missions ». Cette nouvelle œuvre parvient à Lyon par l’intermédiaire de séminaristes sulpiciens comme Phileas Jaricot, frère de Pauline qui y intéresse cette dernière. Aussi, à partir de 1818, Pauline décide de quêter auprès essentiellement des ouvrières en soierie pour soutenir cette association. Elle demande un sou par semaine. Mais les résultats sont modestes et irréguliers.

L’année suivante, elle a une « illumination » selon son expression, lors d’une partie de cartes dans le salon de ses parents. En fait elle a l’idée de rationaliser la collecte afin de la rendre plus productive : regrouper les associées en dizaines avec une responsable de la quête ; ces responsables se regrouperont elles-mêmes par dizaine et ainsi de suite.

Parallèlement en 1816, Mgr Dubourg, évêque de St Louis aux États-Unis, relayé par son vicaire général l’abbé Angelo Inglesi en 1821, fait des tournées en Europe pour quêter pour les missions d’Amérique. À Lyon, ils sont soutenus par une certaine Madame Petit dont le fils Didier est membre de la « Congrégation des Messieurs », qui rassemble des « Messieurs » de la bonne société lyonnaise, et il les intéresse aux missions d’Amérique et à leur soutien.

Si au début il n’y a pas de liens entre ces deux désirs (celui de Pauline d’aider les MEP et celui de Mgr Dubourg d’aider les missions d’Amérique), des passerelles vont s’établir : en effet non seulement les deux frères de Pauline sont congréganistes, mais aussi Victor Girodon, son grand ami et bras droit dans sa collecte. Nait alors le souhait de créer une seule œuvre pour soutenir toutes les missions rendant la Mission universelle.

Lors de la première réunion constitutive de la nouvelle association du 3 mai 1822 (qui ne regroupe que des membres de la congrégation des messieurs), elle prend le nom d’« Œuvre de la Propagation de la Foi ». Si Pauline Jaricot est absente, Victor Girodon fait partie du groupe fondateur. Surtout, son système pour la récolte des fonds est adopté. L’œuvre aura une expansion très rapide non seulement en France, mais aussi à l’étranger.

La structuration solide de la récolte des dons, déjà amorcée par Pauline Jaricot, se renforce et s’organise au niveau diocésain. On demandera à chaque diocèse de faire de même. En effet, les dirigeants pensent tout de suite à exporter l’œuvre en dehors du diocèse, et tout d’abord à Paris, en s’appuyant sur les autorités religieuses, qui demandent aux évêques de bien vouloir organiser dans leurs diocèses respectifs l’Œuvre de la Propagation de la Foi.

De fait, l’OPF a été approuvée officiellement en quelque sorte par l’indulgence plénière dès 1823 par le pape Pie VIII (1761-1830), ce qui donne plus d’autorité pour la présenter aux évêques. Le fait que l’œuvre se développe très rapidement - elle est organisée dans 9 diocèses sur 10 en 1830 - montre qu’elle correspond à une nécessité avec des fidèles prêts à répondre. Mais très vite également, elle déborde les frontières. En 1840, date de l’encyclique Probe nostis de Grégoire XVI (1765-1846) en faveur des missions et très laudatrice pour l’OPF, sur les 2,5 millions de francs récoltés 45% sont d’origine étrangère à la France. Nous sommes loin des débuts ou simplement quelques milliers de francs étaient perçus dans le diocèse.
Un élément qui a conforté l’œuvre est la publication du Bulletin des Annales de la Propagation de la Foi (10 000 exemplaires dès 1825, 40 000 vers 1830). En effet, les dirigeants ont estimé qu’il était normal de donner des nouvelles aux donateurs des missions en diffusant les lettres que les missionnaires envoyaient depuis leur lieu d’évangélisation. En plus de leur fonction première, ces lettres permettaient de faire connaître des populations et des contrées parfaitement inconnues à l’époque. Le résultat est un immense succès, marqué non seulement par un tirage exceptionnel mais surtout par de nombreuses traductions. En 1860, une autre revue : Les Missions catholiques, qui a elle aussi une large diffusion, complète les Annales.
Cette manne financière pour les missions ne pouvait laisser indifférentes les autorités romaines. Dès 1826, l’œuvre lyonnaise noue des contacts officiels avec la congrégation de Propaganda fide. Si de fait la répartition des fonds récoltés se fait en accord entre les deux parties, l’OPF reste in fine maitresse du partage. Or la réticence, voire le refus, de certains pays de passer par une œuvre française pour donner leurs fonds à la Mission et les bouleversements engendrés par la Première Guerre mondiale amène Rome à trancher définitivement. En 1922, le siège de l’Œuvre de la Propagation de la Foi (OPF) est transféré à Rome où il se trouve toujours, avec celui de l’Enfance Missionnaire (orphelinats - écoles), de l’Œuvre Pontificale de Saint-Pierre-Apôtre (OPSPA, séminaire) et de l’Union Pontificale Missionnaire (UPM) (formation missionnaire) ; l’ensemble étant réuni sous le vocable d’Œuvres Pontificales Missionnaires (OPM).

Une représentation des Œuvres Pontificales Missionnaires existe dans près de 140 pays, la France restant le pays fondateur. »

Bernadette Truchet (agrégée d’histoire),
Responsable du Centre de Documentation et d’Archives des Œuvres Pontificales Missionnaires.

Compléments :

L’Église doit être « missionnaire » à toutes les époques, même si les modalités varient de l’une à l’autre. Or, l’activité missionnaire au cours des âges n’a jamais été continue : elle s’assoupit et elle se réveille, souvent au contact de nouvelles cultures dont la rencontre a été fortuite ou voulue : la Bonne Nouvelle doit être portée aux extrémités de la terre, mais celles-ci se révèlent extensibles. Nous constatons des cycles.

Le réveil du XIXe siècle est particulièrement important, dans la mesure où la Mission se révélera effectivement universelle. Les missions se développeront progressivement sur l’ensemble des continents et, trop souvent, elles apparaîtront liées à la colonisation. Mais cela mérite d’être plus que nuancé, car souvent la mission précède la colonisation et les rapports sont souvent loin d’être idylliques entre administration coloniale et missionnaires. D’ailleurs, ce réveil lui-même est antérieur à la grande vague de colonisation.

Pauline Jaricot, une passionnée de Dieu

Fille d’un commerçant lyonnais qui allait à la messe tous les matins à 4 heures, Pauline est née, de son propre aveu, « avec une imagination vive, un esprit superficiel, un caractère violent et paresseux ». Souvent admirée pour sa beauté, la jeune Pauline prend plaisir à multiplier les toilettes et à paraître aux yeux du monde. A 17 ans, elle croise le vicaire de l’église Saint-Nizier à Lyon, l’abbé Wurtz, que sa sœur lui présente comme un saint, et lui demande : « Qu’est-ce que la vanité ? » Il se contente de la regarder : elle porte sa tenue la plus élégante. En un instant, elle comprend et demande à se confesser. De retour chez elle, Pauline brûle ses mauvaises lectures et se débarrasse de la plupart de ses habits, s’attirant même les reproches de son frère qui la trouve trop extrême. Elle décide alors de se consacrer à la propagation de la foi et y met toute son ardeur, bien que sa fougue parfois maladroite fasse régulièrement grincer des dents autour d’elle.

Pauline Jaricot meurt oubliée le 9 janvier 1862 à Lyon. Son corps est transféré dans l’église Saint-Nizier en 1922 et le pape Jean XXIII la déclare vénérable en 1963.

Sources documentaires

- Dufourcq Elisabeth, Les Aventurières de Dieu, Paris, Jean-Claude Lattès, 1993 (et rééd. Le Cerf, 2012).

- Essertel Yannick, L’Aventure missionnaire lyonnaise, Paris, Le Cerf, 2001.

- Gadille Jacques, Gabrielle Marguin, Prier 15 jours avec Pauline Jaricot, Paris, Nouvelle-Cité, 2005.

- Giacovelli Clara, Pauline Jaricot, Paris, Mame, 2005.

- Sœur Marie-Monique de Jésus, Pauline Jaricot : le Rosaire vivant, Paris, Lethielleux, 1911.
- Naïdenoff Georges, Pauline Jaricot, Lyon, Mediaspaul, 1986.

- Quantin Henri, Pauline Jaricot, marmitonne de Dieu, Paris, Le Cerf, 2003.

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Cotignac 500

Cotignac 500 L’oeuvre de la propagation de la foi