Jean Madiran : Une prise de position sans concession sur le concile Vatican II

dimanche 6 août 2023
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Jean Madiran : Une prise de position sans concession sur le concile Vatican II

De Christian Bless, dans Perspectives catholiques :

Jean Madiran ayant consacré, après l’interruption d’Itinéraires, les dernières années de sa vie plus particulièrement au journal quotidien Présent dont il était un des fondateurs et le directeur, son œuvre antérieure a peut-être ainsi été estompée. Il convient d’y revenir. Lorsque dans les années 2010 on lui suggérait d’écrire ses Mémoires, le fondateur d’Itinéraires répondait qu’il avait écrit ce qu’il avait à dire. Nous continuons de penser que nous avons été ainsi privés d’un témoignage unique sur notre époque, tant au plan religieux que politique. L’affirmation d’avoir déjà écrit ce qu’il voulait transmettre ne l’empêchait pas, dans Présent, de poursuivre une lutte sans concession contre les faux-semblants et les mensonges de l’actualité politique et religieuse. Son intelligence lumineuse et sa plume acérée nous aidaient à garder la ligne de crête au milieu de la confusion médiatique et du désordre politicien.

Les éditions Via Romana ont rassemblé ces éditoriaux parus dans Présent sous le titre de Chroniques sous Benoît XVI (2005-2013), en deux volumes, et leur lecture aujourd’hui, avec le recul, révèle, page par page, une acuité d’analyse jamais prise en défaut. Cette lecture place notre actualité en perspective et l’éclaire, malgré l’écoulement du temps. Sans doute serait-il utile de poursuivre ce travail et d’éditer également les contributions du grand chroniqueur antérieures à ces années-là, ce qui nous permettrait d’approfondir cette perspective.

L’hérésie du XXe siècle

La même maison a réédité, en 2018, L’hérésie du XXe siècle, considéré comme le maître livre de Jean Madiran. Ces textes rédigés entre 1967 et 1968, décortiquent dans le détail les déviations conciliaires d’alors, en une analyse qui explique l’évolution de la hiérarchie et de l’ensemble du clergé catholique durant les décennies suivantes, et jusqu’à nos jours. Ces pages implacables, jamais démenties par les événements subséquents parurent donc 2 à 3 années avant la fondation de la FSSPX, qui a désormais dépassé le cap de son 50e anniversaire, et qui incarnera, dès 1970, la première contestation institutionnelle de cet esprit conciliaire.
La nouvelle édition de L’hérésie du XXe siècle est précédée d’une belle préface de Michel De Jaeghere. En quelques pages, il présente la contribution fondamentale de Jean Madiran, essayiste, philosophe, théologien, pamphlétaire, qui a analysé et dénoncé la religion nouvelle qui s’imposait alors, soit « …un rapport nouveau à la Révélation divine et à la Loi naturelle qui fait fi de leur objectivité » et cette « crise intellectuelle : celle qui avait fait abandonner à l’épiscopat toute référence à la finalité surnaturelle de l’homme … ». Le préfacier poursuit en soulignant que « cette révolution philosophique … mettait en effet entre parenthèses nos obligation envers Dieu comme envers la chaîne de nos devanciers (les quatre premiers commandements) … »

Loi naturelle et piété filiale

Car, « Jean Madiran s’était fait le docteur de la piété filiale », nous rappelle toujours la préface.

Le disciple de Maurras, des frères Charlier, de Péguy, nous a laissé comme une synthèse de sa réflexion, peut-être une sorte de testament intellectuel, en une centaine de pages publiées, en 2002, aux Éditions Sainte-Madeleine sous le titre d’Une civilisation blessée au cœur. L’auteur y rédige la chronique sur « le temps qu’il fait et l’état des lieux ». Chaque chapitre est conclut par une partie didactique.
Le chroniqueur ouvre le livre par une réflexion sur l’envahissement que subit l’Europe, ses causes et ses conséquences, et « le crime contre l’humanité qu’a été une décolonisation dans le mépris de la loi naturelle des sociétés humaines … (cette) décolonisation a été une durable catastrophe mondiale. » Page après page, Madiran approfondit sa réflexion sur les conséquences, à l’intérieur de nos sociétés, de la méconnaissance de la loi naturelle et de la disparition de la vertu de piété filiale par laquelle l’homme se reconnaît débiteur insolvable. Comme toujours chez le chroniqueur, chaque mot porte, dissèque la réalité et les mensonges qui la déforment, éclaire l’intelligence que le tintamarre politicien et médiatique tend à brouiller.

L’éminent intellectuel catholique salué par De Jaeghere, celui qui guettait aux avant-postes avec une lucidité sans pareille et défendit, pied à pied, la messe catholique, le catéchisme romain, la version et l’interprétation traditionnelles de l’Écriture, rappelle cependant avec Péguy « … qu’il ne suffit malheureusement pas d’être catholique. Il faut encore travailler dans le temporel, si on veut arracher l’avenir aux tyrannies temporelles. » Parce que « le surnaturel est couché dans le lit de camp du temporel. » Dans un chapitre de conclusion intitulé Se libérer en esprit, Madiran poursuit une réflexion sur la transmission du patrimoine reçu et les conditions de la renaissance.
Cette loi naturelle est l’empreinte laissée par le Créateur dans son œuvre, elle est la marque de son Être propre, accessible à la raison elle a été révélée dans le Décalogue, elle est le fondement des lois positives et l’on ne saurait s’en libérer sans grave préjudice tant pour l’ordre temporel que pour la foi. Sa négation exprime et fonde un nihilisme, un refus suicidaire de la nature, de l’être même des choses, qui ronge notre pensée et nos sociétés de l’intérieur. Contre cet abandon, Jean Madiran a été le docteur de la loi naturelle explorant son étendue et les conséquences qui en découlent.
Nous ne saurions trop insister sur l’importance de ce livre méconnu qu’il faut lire et relire avec l’attention que l’auteur espérait de son lecteur.
Un hommage pour rendre justice
Poursuivant son introduction au livre de Jean Madiran, Michel De Jaeghere écrit : « … l’un des plus éminents des intellectuels catholiques du XXe siècle aura vécu sa vie d’homme ignoré par les successeurs des apôtres … » A propos de l’œuvre abondante du fondateur de la revue Itinéraires, et pour lui rendre justice, il poursuit : « N’en cherchez pas les recensions dans la presse. L’ampleur de ses vues, le nombre des sujets traités, la profondeur de son approche n’ont, jusqu’au dernier jour, pas désarmé la vigilance muette des censeurs. Il est mort méprisé par les représentants de sa mère, l’Église, négligé par les élites d’un pays dont il avait chanté comme personne le génie, la civilisation, les beautés. »

Voulant rendre justice et hommage à Charles Maurras, auquel il a consacré de nombreuses pages, Jean Madiran écrivait dans le numéro d’Itinéraires d’avril 1968 consacré au Martégual, intitulé Lorsque Maurras eut les 100 ans : « Ce numéro est un hommage à un homme, à une pensée, à un destin dont la place dans notre histoire récente et dans notre histoire présente est artificiellement méconnue par les puissants du jour, par ceux qui gouvernent les cités et par ceux qui gouvernent les âmes, par ceux qui enseignent et par ceux qui manipulent les rumeurs de la renommée. » C’est dans ce même esprit que Perspective catholique veut aujourd’hui rendre un hommage filial au grand philosophe. Henri Charlier disait que l’on vivait une époque d’œuvres cachées.

Michel De Jaeghere nous exhorte dans ce sens : « Il est juste que ceux qui se considèrent comme ses disciples manifestent, à leur tour, leur reconnaissance, rendent public la dette qu’ils ont contractée vis-à-vis de celui qui fut, pour toute une école de pensée, un maître comme il s’en trouve peu dans une vie d’homme. »

Sources :

Perspectives catholiques

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